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3 mai 2011

Élections Fédérales 2011

Résultats au Canada: Conservateurs: 167; Néo-Démocrates: 102; Libéraux: 34; Bloc Québécois: 4; Parti Vert: 1 (au matin du 3 mai 2011, selon Radio-Canada).

Résultats au Québec: Néo-Démocrates: 58; Libéraux: 7; Conservateurs: 6; Bloc Québécois: 4 au matin du 3 mai 2011, selon l'analyse de Mario Dumont au Show du Matin à V. En pourcentage de vote: NPD 43%; BQ 23%; PC: 17%; PLC: 14%, Autres: 3%.

Wow, quelle soirée! On la présentait historique... et comment que ce fut historique. Toutes les prédictions, les optimistes autant que les pessimistes, ont été déjoués!

Après un début de campagne plutôt morne, lent et franchement inintéressant, autour du congé de la fête de Pâques, le vent a tourné. Tous semblent avoir compris qu'ils pouvaient, voire qu'ils devaient voter pour le Nouveau Parti Démocrate (qui incidemment n'a plus rien de nouveau!). Je ne suis pas certain que la population s'est informé réellement du programme du parti... ou du nom de son candidat, voire de sa langue (la circonscription voisine ici ayant, comme quelques autres, une unilingue anglophone. Imaginer un instant un unilingue francophone qui se présenterait au Canada, ou un unilingue espagnole qui se présenterait aux États-Unis. Il serait, dans les deux cas, immédiatement descendu sur la place publique (au sens figuré, bien sur)! Ici, non seulement le parti a osé les inscrire comme candidat, mais les gens ont aussi osé voter pour ces candidats.

J'ai vérifié pour notre nouvelle députée... Francine Raynault. Une femme de la place, née à L'Assomption, qui a tenu un commerce à Laval dans les années '70, puis agricultrice fin '70 et début '80. Par la suite, elle fut Agente d'immeuble et Responsable de l'entretien de 120 logements. Parallèlement, elle a été membre de diverses associations sociales, ainsi que de l'UPA et de syndicats agricoles. Bref, chez nous, la candidate-type du NPD. J'imagine que nous sommes chanceux...

Si on résume vite vite en tournant les coins ronds... Plus de la moitié des députés de l'opposition officielle, du NPD, sont du Québec. Chez les Libéraux, Marc Garneau, Justin Trudeau (je peux pas croire!), Stéphane Dion (?!?) et Denis Coderre, entre autre, sont réélus. Chez les Conservateurs, Denis Lebel, du comté Roberval-Lac-Saint-Jean, Christian Paradis et Maxime Bernier, entre autre, sont réélus. Et une surprise, Elizabeth May, du Parti Vert, est élue. Un nouveau parti fait donc son entrée à la Chambre des Communes.

Côté débandade... Voyant le Bloc Québécois quasi disparaitre, avec seulement quatre députés élus, Gilles Duceppe remet dignement sa démission sur le champ. Voyant le Parti Libéral subir le même sort, Michael Ignatieff ne le fait pas. On apprendra plus tard, soit aujourd'hui, qu'au moment de son discours, il se croyait réélu comme député. S'il avait su qu'il ne l'était pas, il aurait lui aussi démissionné hier soir. Il aura même battu Stéphane Dion dans la plus petite quantité de candidats élus. Dire que le Québec a déjà eu 74 députés Libéraux sur 75. J'apprends à l'instant que John Turner avait fait pire que Stéphane Dion... Wow!

Parlons taux de participation. Il est habituellement en déclin. Cette fois, on a droit à une légère augmentation. Revenons un peu dans le temps. En 2006, le taux fût de 64,7%. En 2008, en baisse à 58,8%. Plusieurs furent désolés que le taux passe sous les 60%. Cette fois, en 2011, retour à 61,4%. Plusieurs personnes sont donc sorti pour exercer leur droit de vote qui ne l'avaient pas fait la dernière fois. Espérons que c'est le début d'une lancée.

Poursuivons maintenant de la couverture télévisée. Chez nous, c'est la tradition de regarder Bernard Derome depuis toujours. Mais ayant pris sa retraite, c'était donc cette fois le début de Céline Galipeau à la barre de la Soirée Électorale. Elle était entourée de Patrice Roy et de la belle Emmanuelle Latraverse. Notons que je n'ai pas écouté la couverture de TVA. Juste pas capable de Pierre Bruneau et son Rigueur, rigueur, rigueur, eux qui ont mis morts avant leurs temps combien de personnages connus, ou qui sont rapide à auto-plugguer leur télé-réalité comme si la vie du Québec en dépendait... Je ne pourrai donc pas comparer les deux.

Chez Radio-Canada donc, l'emphase avait été mis sur la technologie. L'écran tactile qui démontrait les cartes étaient assez impressionnant à voir allé, et Emmanuelle, de son profil de Miss Météo, nous démontra qu'elle avait assurément fait beaucoup de pratique avec le système. Lors du changement de "chiffre", on a pu constater que Patrice Roy n'avait pas autant de faciliter à manier la chose. Probablement que le fait de livrer le Téléjournal de 18 heures y est pour quelque chose.

Ce matin, le Journal de Montréal avançait que c'était leur émission qui avait dit la première que le gouvernement Conservateur serait Majoritaire, à 22h37, quelques minutes avant Radio-Canada. Ce matin, au Show du Matin à V, Mario Dumont racontait que lui, en ouverture de son émission à 22h30, en direct spécialement pour l'occasion, avait dit comme entrée en matière que le gouvernement serait effectivement Conservateur et majoritaire. Quelques minutes donc avant TVA... mais comme le Show du Matin le montre assez régulièrement, V n'existe pas pour Québécor... Ils sont trop occupé à démolir Radio-Canada!

Maintenant, un mot sur mon Québec. Je suis déçu de la déconfiture du Bloc. C'était assez évident qu'il y aurait une baisse des votes en leur faveur, mais de là à voter pour des poteaux en bloc (c'est ironique), sans trop savoir en quoi consiste le programme du parti. Question relation Québec-Canada, le NPD est probablement le pire parti. Bien sur, son programme de gauche rejoint beaucoup de québécois. Mais pour ce département, il est équivalent à celui du Bloc. Et il était évident que Jack ne deviendrait pas Premier Ministre directement. L'eût-il été, que c'eût été par la suite d'un renversement d'un gouvernement minoritaire.

Je suis par contre bien content de la déconfiture du Parti Libéral. Après tout le tort qu'ils ont causé au Québec, et au Canada, et qu'ils se croient encore les créateurs du "Canada tel qu'on le connait" (le système de santé, les programmes sociaux, le rapatriement de la Constitution (contre le Québec et qui ne l'a toujours pas signé), etc. Ben là, c'est peut-être vrai, mais on ne vous doit rien pour autant. Ceci dit, la défait doit être amer et difficile à prendre pour les députés. La connexion ne semble plus se faire entre ce parti et les électeurs.

Le Québec, encore une fois, a voté à l'encontre du ROC. Une autre belle démonstration des deux nations, des deux solitudes. Le Canada vire plus à droite? Le Québec vire plus à gauche! Le Canada remercie le gouvernement Conservateurs en le faisant majoritaire? Le Québec le rejette en bloc (encore une belle ironie) en votant NPD! Je crois que la thèse de Denise Bombardier qui dit que le Québec rejette le pouvoir est assez pertinente.

Un jour, il faudra bien se dire Oui à nous-même.
C'était simplement pissant de voir les commentateurs de droite s'émouvoir, pour ne pas dire en faire dans leur culotte, de la déconfiture du Bloc et de la victoire incroyable du NPD, un parti encore plus à gauche! Savez-vous vraiment ce que vous voulez?

11 février 2011

Mise au point FAST - CTPAT


Étant donné les élucubrations répandues ailleurs, il est de bon usage de faire une mise au point.

J’ai dit dans un message précédant qu’AUCUNE raison concernant le chargement ne peut remettre en cause la carte EXPRESS/FAST d’un chauffeur. En effet, cette carte est une carte d’identité pour le chauffeur, sans plus. Il faut évidemment pour l’obtenir être plus blanc que blanc, mais sinon, reste que ce n’est qu’une carte d’identité qui, si elle nous est accordé, sous-entends que l’on a respecté, jusqu’à ce jour, les normes et règlements de la douane américaine (principalement), ainsi que la douane canadienne.

Parmi les raisons qui pourraient voir les autorités nous retirer notre carte FAST, il y a de faire une fausse déclaration au sujet de nos bagages (ou contenu personnel du camion), ou enfreindre d’autres règlements, comme celui de transporter de l’alcool aux États-Unis. Comme me disait la dame, lors d’un achat à la boutique hors-taxe américaine, nous sommes toujours en sol américain pour la distance qui reste avant d’entrer au Canada. Il serait donc possible d’être vérifier dans ce court bout de chemin, et le cas échéant se faire retirer ladite carte sur le champ.

Pour la compagnie, il y a le programme C-TPAT, qui joue un peu le même rôle. Pour être accréditer, la compagnie doit mettre en place diverses mesures afin d’assurer que ce qui entre dans une remorque n’est que ce que le client expédie. Ceci vaut tout autant pour la compagnie de transport que pour les clients. Chez certains clients où l’on entrait « comme dans une grange », des barrières, voire des cages dans certains cas, ont été installé. Impossible de déambuler dans l’entrepôt sans escorte.

Chez TJB, pour y entrer, un chauffeur se verra remettre une pastille à puce codée et identifiée à son nom. La puce sera codé différemment selon les accès possibles de tous et chacun. Les chauffeurs, les mécaniciens et le personnel de bureau ont chacun une codification différente, selon les endroits où leur travail leur donne accès. Par exemple, les chauffeurs n’ont pas accès au bureau ou au garage, mais ont accès aux aires communes (entrées, cuisine, salon), au lave-camion et à l’entrepôt. Un visiteur devra de son côté remplir un registre à son arrivée et au départ. Il est donc possible de retracer « qui a fait quoi »!

Tout ce système est sujet à revérification aux trois ans. C’était ce moment à la fin de janvier dernier. Un matin que j’étais au bureau, tout le personnel s’était mis belles et beaux, et tous étaient fébriles. Spécialement Mathiew, à qui il revenait de faire faire le tour du propriétaire aux deux inspectrices.

Lors de ma deuxième visite au garage en autant de fin de semaine, je me suis donc informé de l’état des lieux, étant donné ladite rumeur que je croyais tout à fait non-fondée. Et comment! Mathiew me confirma que c’était bien une simple visite de routine. Les deux dames sont reparties en nous laissant un pointage parfait (aucune recommandation ou point à améliorer). La précédente visite, au moment de la mise en place du système, nouveau pour tout le monde, avait laissé pas moins de trente-deux points à améliorer!

J’étais donc rassuré. Et beaucoup plus sur mon ancien ami que sur ma compagnie, ben évidemment…

2 février 2011

24 janvier 2011

Toute une journée m'attendait pour ce "congé". J'avais demandé à être ramené au garage, parce que je rentrais le dimanche (le 23) et qu'aujourd'hui, je devais me rendre à Champlain, NY (le côté américain de la douane de Lacolle, QC) afin de passer mon entrevue pour le renouvellement de ma carte EXPRESS, plus connue sous son acronyme anglais FAST (pour Free And Secure Trade). Cette carte est une pièce d'identité pour les camionneurs, qui nous permet de traverser les douanes un peu plus rapidement. Pour les touristes, la carte NEXUS en est l'équivalent. Les formulaires de demande en sont quasi identiques. En temps normal, cette carte n'est pas essentiel, mais si un autre événement digne du 11 du 9 se produisait, la frontière serait fermée à tous ceux qui ne l'ont pas.


Tout d'abord, un petit tour dans le passé...

Mon ancienne carte était expirée depuis mai dernier. Une première fois, je me suis présenter au bureau de Détroit, MI. Mais comme j'avais mis trop de temps pour fixer mon rendez-vous, mon "cas" ne fut pas traiter! Et la dame a saisi sur le champ ma vieille carte (désactivée): ils doivent craindre un certain marché noir, comme pour les passeports...

Donc, par la suite, j'ai donné le mandat à Mathiew, notre responsable des Ressources Humaines (et homme à tout faire du bureau). Après tout, c'est un peu son travail. Il a donc rempli la demande par Internet. Parce qu'après avoir été pré-approuvé, nous avons trente jours pour répondre. Et comme j'y ai mis trop de temps, c'est donc une toute nouvelle demande (et bien sur un nouveau paiement).

Une fois la confirmation reçu, nous fixons ensemble un rendez-vous. Le jour venu, je me présente à Champlain. C'était en décembre... Notez que pour être là, je dois prévoir mon travail afin d'être en congé un jour précis, et comme je demeure à deux heures de Champlain, j'en ai pour la journée... Donc, tout cela doit être minutieusement planifié! En plus, c'était pendant que Caro était à l'hôpital pour son abcès. J'arrive donc à la douane "pour les chars". Quelques questions d'usage, et je pars à la recherche de la bonne porte... après avoir improvisé pour trouver le bon chemin qui mène au bon stationnement. Déjà que c'est rare que je traverse à Champlain... et en plus que ce n'est pas toujours évident de trouver le bon bureau dans un tel complexe! Dire que "dans mon temps", il n'y avait que deux guérites pour camions...

Je finis donc par trouver le minuscule bureau. Arrive au comptoir, présente mes papiers, donne l'heure de mon rendez-vous. "Vous n'existez pas!" E ben eeee... non, rien à faire, et je vois la liste imprimée des rendez-vous de la journée: pas de trace de mon nom nulle part!

Le douanier américain fait de venir le douanier canadien, qui vérifie mais je n'existe pas plus pour lui. "Qu'est-ce qu'on peut faire?" "T'es chanceux, je viens d'avoir une annulation pour mercredi". Ben, c'est ben beau les congé, mais pas payant. Si je suis toujours ici mercredi, il ne me restera pas assez de temps pour travailler une semaine normale. Je demande donc un lundi, autour de l'heure du diner. Ça donne le 24 janvier, soit plus d'un mois plus tard!

Sur le chemin du retour, je contacte Mathiew pour lui faire part de la nouvelle. Il est presque sous le choc, ne comprenant pas trop comment cela est possible, qu'il a la feuille qui confirme mon rendez-vous, et que ce n'était pas trop le temps que je perde mon temps avec ma Caro a l'hôpital... Bon, l'erreur est humaine, et je suis plutôt certain que ce doit être un "clic-enter" qui manquait. À ma visite suivante au bureau, ladite page était dans ma case. Tout au bas, le bouton "confirmer" brillait de tous ses feux. Voilà, ne restait qu'à lui cliquer dessus! En comparaison, la page que le douanier m'avait remise avait plus d'informations dessus, et certainement pas de bouton "confirmer"...

Revenons donc à la journée présente...

Encore une fois, cela a demandé de la prévision. D'autant plus que deux fins de semaines avant, nous avons fait un diner pour la Xième fête de Sarah (comme dans deuxième party, vu qu'un anniversaire dans le temps des fêtes, on fête ça plusieurs fois!). Possible d'arranger notre horaire, mais pas trop souvent, et pas deux fins de semaines de suite (en tout cas, si on veut garder la possibilité de faire des semaines normales).

Avec mon voyage, c'était possible, et même mieux en fait, que je demande à terminer au garage (parce qu'habituellement, je termine chez moi). Possibilité accordé (c'est toujours le répartiteur qui a le dernier mot; les nôtres sont très accomodants). Caro désirait rendre visite à Tante Anna, qui réside à Sainte-Martine, village près de Saint-Chrysostome. Ça adonnait donc bien, on pourrait y coucher. Et comme Sarah devait voir son docteur à Longueuil le matin, nous étions "ben correct".

Nous avons donc laisser le camion au garage dimanche en après midi. Nous avons souper avec Tante Anna, toujours heureuse de recevoir à manger. Puis après un peu de télé, un beau dodo.

Le lendemain, nous devions partir tôt, pour être à Longueuil pour dix heures. En prenant la nouvelle 30, nous nous sommes fait dépassé par un camion de TJB, qui tirait la remorque neuve que Marteau est allé cherché en Iowa! Mille miles "bobtail" (camion seulement), le chanceux!

Vive une clinique médicale qui sait se planifier! Pour une rendez-vous à 10h30, ben à 10h30, nous étions passé et assis dans l'auto, prêt à repartir! Wow, je suis épaté. Le verdict: Sarah doit continuer à porter ses orthèses d'orteils (ça se dit drôle!), et ça devrait se replacer tout seul. Et notre Sophie-les-souliers a eu des beaux compliments du doc pour la qualité de ses orthèses (fait à la main). Nous lui avons fièrement retransmis. Et venant du meilleur doc de Sainte-Justine de son domaine, ce n'est pas rien!

Nous pouvions donc maintenant passé à mon tour, soit ma carte FAST... Nous nous sommes rendu au relais de camionneurs de Lacolle, ou mes femmes pourraient m'attendre (Caro n'a pas de passeport) le temps de mon incursion en sol américain. Nous avons donc diné, puis placoté, lu des journaux, fait des dessins, et même rencontré Benoit, un ancien collègue de mon temps de plate-formes chez les Bleus. Wow, qu'il m'ait reconnu est déjà fort. Ça fait tout de même dix ans que j'ai quitté!

J'ai donc fini par partir de là. Encore comme la première fois. Je traverse la douane des chars (mais cette fois, une jolie douanière sympathique, contrairement au précédant, un homme au style et manière quasi militaire), je me rends à la sortie 43 (la première), reviens vers les bâtiments de la douane, me stationne et me rends à l'intérieur.

Cette fois-ci, j'ai bien un rendez-vous. Le douanier américain vérifie mes papiers, prends ma photo et mes empreintes, et m'explique en long et en large ce que je peux ou non entrer aux États-Unis comme viande, fruits, légumes et autres plantes, etc. Ce n'est pas toujours logique, mais bon, c'est chez eux alors ce sont eux qui décident!

Après quelques minutes "su'l banc", la douanière canadienne me reçoit à son bureau. Je retiens deux choses. Premièrement: transporter de l'acool en camion étant interdit aux États-Unis (sauf comme cargaison bien sur), il est possible de se faire arrêter sur le terrain de la boutique hors-taxe, qui est toujours en sol américain, et ça entraine automatiquement le retrait de la carte FAST! Cher payé pour une petite économie. Deuxièment: aucun problème avec le chargement ne peut entrainer le retrait de la carte FAST. AUCUN! (Et toc, troisième prise, le joueur vient d'être retiré!). C'est fou ce que ça adonne bien de se faire dire ça à ce moment précis...

Je suis donc retourné chercher mes deux amours au Resto-à-6 (que dans mon temps on appelait Chez Freddy). Nous nous sommes rendu au garage, vu que j'avais prévu de repartir de là dès le lendemain. Après vérification des disponibilités, nous avons pu aller, mes femmes et moi, souper chez IKEA (oui oui, drôle de place!) et ensuite y magasiner une autre armoire... Plus tard, je retournai couchai au camion.

26 janvier 2011

23 janvier 2011 - Ou la preuve qu'un malheur n'arrive jamais seul!


La journée avait pourtant bien commencé… Si je commence ainsi, vous savez bien que ça c’est donc gâter avant la fin. Pendant la fin, je devrais dire…

En sortant du relais Marathon, à Franklin, KY, la sonnerie de mon 10-4 retentit. J’ai tout de suite trouvé ça étrange, car sur le téléphone de Caro, le bouton du 10-4 ne fonctionne plus (« c’est la première fois que j’entends parler d’un tel problème » a dit la jolie Madame Bell de Joliette… ben oui, me semble!). Caro donc, dis-je, me téléphone en direct à grand frais…

Je saisis le téléphone… C’est Reefer! Belle surprise, alors que je me disais il y a quelques jours que ça faisait un moment qu’on ne s’était parlé (hormis le souper de Noël). Le plus drôle, c’est qu’il est tout juste derrière moi! Mais comme ma radio-CB est sur le canal 19 et qu’il m’appelle sur le canal 12, je ne réponds pas, ben évidemment…

Nous ajustons donc nos canaux… et en peu de temps, un américain fru nous amène à choisir une autre fréquence! Reefer me raconte qu’il a roulé, la veille dans la tempête, sur un alligator (une carcasse de pneu) et que celui-ci a arraché la tuyauterie sur un réservoir de carburant! Chanceux…

Ledit réservoir s’est donc répandu sur la route (ne le dite surtout pas à personne!), et il manqua donc de diesel, allant choir sur le stationnement, en fait dans l’entrée, du Pilot de Franklin, KY. La compagnie a donc rejoint Ti-Jean (il était plus près que moi) afin qu’il rejoigne Reefer afin de tirer son camion jusqu’au Pétro, de l’autre côté de la rue, pour qu’ils puissent réparer tout ça.

Quelques heures plus tard, et quelques centaines de dollars en moins, le tout était réparé. Une demi-nuit plus tard, il était là derrière moi, en route lui aussi pour Lebanon. Ti-Jean, une fois « crinqué » de son dépannage, s’était rendu là-bas en début de nuit.

Nous sommes donc arrivés vers 10h00 à Lebanon. Chanceux, nous avons tous les deux été envoyés à Springfield, TN, pour un voyage pré-chargé, et selon les heures, qui seraient tous les deux prêt dès notre arrivée. Le temps de diner et de mettre nos potins à jour, et nous pouvions repartir vers Springfield.

Une heure et des poussières plus tard, nous y étions. Mon voyage était prêt, mais pas celui pour Reefer. J’ai donc procéder de mon côté, et Reefer, qui avait eu la nuit plutôt courte, s’est installé pour le dodo. Ironiquement, il partira trente minutes derrière moi…

Je suis donc parti de Springfield à 15h30. Je me suis rendu à Cross Plains, TN pour y mettre soixante gallons de carburant. Avec mon nouveau camion, je ne peux pas (enfin, je ne prends pas la chance) revenir jusqu’en Ontario sans ajouter un peu de carburant. Je me rends ensuite à Smiths Grove, KY pour y manger mon souper. Presqu’en même temps, Reefer se rend à Horse Cave, KY, quelques sorties plus loin, pour y manger des succulentes lanières de poulet!

Je me rends ensuite jusqu’à Glencoe, KY, un peu avant Cincinnati. La nuit s’annonce froide… Au petit matin, je déjeune, je démarre, et je pars… Dès la rue, le camion commence à ruer. Dans ma tête, ça dit : « calice, je gèle ». Je étant bien sur le diesel… Je me rends à la sortie de peine et misère. Je m’y tasse sur le côté (qui en hiver n’est pas très volumineux), afin de laisser le temps au moteur de reprendre ses esprits. Lorsque le problème est dans la tuyauterie, un peu de chaleur du moteur peut aider un peu (un peu, mais ça ne fait évidemment pas de miracle).

Lorsque le moteur semble aller mieux, je pars. De là, j’ai fait le plus long vingt-cinq kilomètres de toute ma courte vie! Par chance, ce que nous ramenons de Springfield n’est pas trop pesant; en fait, c’est comme un demi-chargement. Et l’autoroute 71, entre Louisville, KY et Cincinnati, OH, ressemble à une montagne russe, avec deux méga-montées, les deux dans le coin où je me trouve. J’ai donc pu me prendre un peu de vitesse en montant dans la première côte, qui inclut la rampe sur laquelle j’embarque sur l’autoroute. Mais le camion recommença assez rapidement à ruer dans les brancards. Et il rua, et rua encore. Un peu de répit dans les descentes, mais retour à la normale (la normale qui rue, dans ce cas) dès les montées!

Je me suis dit que, ayant les réservoirs à la moitié, je me devais d’aller les remplir avec du diesel d’hiver (je suis sûr que le Kentucky en offre, mais pas sûr pour le Tennessee, chose que je chercherai sur Internet dès que possible). Et au passage, mettre de l’additif, antigel nettoyant, lubrifiant, etc… Dans ce secteur, deux choix s’offre à moi au bout de l’autoroute 71 (enfin, ce n’est pas le vrai bout, mais là où elle rejoint l’autoroute 75) : un maudit J Volant vers le sud, à un demi-mile, ou un TA à un mile vers le nord, celui-là avec un garage.

J’hais les J Volant pour m’en confesser (et j’en aurai une autre raison, même si ce n’est pas vraiment de leur faute), mais dans l’urgence, je me dis qu’un demi-mile, c’est toujours ça de pris. Je prends donc la sortie vers le sud, puis la sortie qui commence presqu’aussitôt la rampe terminée.  Chanceux comme pas un, je peux tourner sur la rouge, parce qu’il n’y a personne sur l’autre sens, et ma lumière pour tourner à gauche a la flèche sur mon sens. Je peux donc rouler jusqu’aux pompes, à peu près au moment où mon moteur s’étouffe. C’est quand même moi qui ai coupé le contact, mais il ne lui restait pas beaucoup de glou-glou a faire avant de s’éteindre de lui-même.

Presque toutes les pompes avaient leurs cadavres d’additifs et d’antigels en tous genres. Avec le froid intense vient les problèmes de carburant… Je vais donc à l’intérieur pour m’en acheter un bidon. Il y en a un plein étalage, alors je fais un peu de lecture afin d’en trouver un approprié (pas de traces de Prolab aux États-Unis…). Je paye, et je vais le verser dans mes deux réservoirs, en part à peu près égales. Puis, je démarre la pompe. Il faut insérer la carte, pitonner deux ou trois informations, entrer Non à une quantité d’autres, insérer les boyaux et pomper. Je démarre donc le côté chauffeur. En me retournant pour aller de l’autre côté afin de démarrer le côté passager, j’accroche la manette sur la pompe et donc éteint la pompe! Avec un gros six et quek chose de carburant d’acheter! Osti…

Je tente de redémarrer la pompe. Impossible… Je vais voir la dame à l’intérieur pour la lui faire redémarrer en expliquant la situation. Elle ne peut pas plus que la machine. Je téléphone au bureau, et malgré que ce soit samedi, Jocelyn, Martin et Mathiew sont tous présents! Ça c’est du service! Jocelyn lui-même est confus sur la source du problème. La carte est bien barré sur une quantité maximum par jour (mais amplement plus que pour faire le plein) ou sur un montant maximum, mais pas sur un nombre d’achat par jour (en tout cas, pas par la compagnie).

Il me débloque alors une avance d’argent, à grand frais parce que l’achat de carburant n’est pas suffisant (celui facturé directement sur la carte), afin que je puisse faire le plein. L’ajout de carburant diminuera la proportion du carburant « d’été », et réchauffera la température puisque le carburant dans les réservoirs sous terre sera un peu plus chaud que celui de mes réservoirs. Bref, tout ça et l’additif devrait régler en bonne partie mon problème.

Je finis par réussir à faire le plein. Comme de coutume, je dois avancer le camion pour laisser l’espace pour le prochain client. Va-t-il démarrer? Je m’installe au volant, débarre l’antivol, et tourne la clé. Vroum… comme en été! Bon, bonne affaire! Je m’avance d’une longueur de camion, puis je me rends à l’intérieur pour finaliser la facturation.

Par la suite, je me rends au stationnement afin de prendre quelques minutes pour mette de l’ordre dans mes papiers (je le fais toujours au fur et à mesure) : plusieurs factures sont imprimées pour deux achats de diesel, un achat d’additif, une avance d’argent, alouette! Et tout doit être fait dans l’ordre, sinon André va téléphoner lundi… ;)

Je suis donc parti ensuite de bon cœur, heureux du dénouement final. Je ne m’en tirais pas trop mal malgré tout. La journée s’est bien déroulée par la suite. Qu’il faisait bon entendre ronronner mon moteur comme un petit chaton!

Mais l’histoire ne se termine pas là… Je me suis rendu jusqu’à Port Hope, ON., afin d’y passer la nuit. Je me suis levé tôt, afin de rentrer tôt, mais aussi de rattraper Reefer, lui étant à Belleville, ON., écœuré de suivre les grattes… C’est d’ailleurs pour ça que je me suis arrêté à Port Hope (je devais me rendre à Belleville moi aussi), après avoir suivi les grattes trop longtemps à mon goût! Ah, les joies du déneigement bizarre de l’Ontario!

Bref, ce matin (au moment où j’écris), je me réveille à 3h30. Après un petit déjeuner, je vais me chercher un café. De retour au camion, j’ai hâte de voir comment le démarrage ira (on reste avec une petite crainte). Vroum, comme en été, encore une fois! Parfait. Quelques minutes plus tard, je suis sur l’autoroute 401. Le Cummins ronronne encore comme un petit chaton. Bon signe. Selon mes calculs, je serai à temps à la hauteur de Belleville pour le départ de Reefer. Comme nous nous étions dits la veille, tout est dans la communication! Contrairement à la journée précédente, nous avions partagé nos heures de dodo et de départ, alors au matin, on pouvait aviser en conséquence!

Mais comme on a dit aussi, le malheur n’arrive jamais seul! Juste avant Belleville, je rencontre une autre série de grattes. Encore un brin de retard! Puis, pour en rajouter, rendu à Mallorytown, ON, mon camion fait une ou deux éructations, puis, plus rien! Pas de ruades comme la veille, juste rien! E-rien, même! En regardant mes cadrans, je constate que j’ai plus de diesel qu’hier! Non, je ne vous donne pas ma recette… sauf que dans ma tête ça dit : « le transfert ne se fait pas! » Tabarnak! Je me stationne dans l’entrée de la rampe de la halte routière, qui est bien sûr fermée pour rénovation… Tellement mieux en Ontario!

Explication : un camion a deux réservoirs de carburants. Le transfert entre les deux se fait par gravité. Il n’y a pas de bouton comme sur certains pick-up pour choisir un réservoir. Tu en ajoutes dans l’un ou l’autre côté, et après quelques minutes, ça s’équilibre. La pompe en prend d’un seul côté, et le surplus est recraché de l’autre côté. C’est pour ça que si le transfert ne se fait plus, un réservoir se rempli et l’autre se vide.

Bref, j’ai une panne sèche avec les réservoirs à moitié! Ah, les joies de l’hiver! Après avoir été installé mes triangles, je téléphone à Martin. Première étape : vérifier si un service routier est disponible « vite-et-proche ». Déjà difficile de le savoir, car personne ne répond! Que vaut un « service 24 heures » s’il n’y a personne pour répondre au moins au téléphone? Réponse personnel : probablement la même chose qu’un concessionnaire qui se dit ouvert 24 heures, mais dont il n’y aura qu’une personne pour accueillir la remorque et le client, mais que dans les faits, aucun mécanicien n’est à son poste.

Étape deux : vérifier si un de nos chauffeurs n’est pas dans mes traces. Je n’ai toujours pas rejoint Reefer, mais à l’heure qu’il est, si il est toujours au téléphone, c’est qu’il ne s’est pas arrêté déjeuner à Cardinal, donc, il est maintenant trop loin devant. Semble t’il que Méo est disponible. Il m’amènera un cinq gallons de diesel, et en faisant fonctionner la pompe électrique via la clé (trois minutes comme ceci, trente secondes comme cela, répéter trois fois, et démarrer). Ce qui permettra de remplir le filtre à carburant de carburant, justement. Mais il sera là dans une heure! Pas de problème, j’ai de la chaleur…

On va dire que ça a pris une heure et demie. Je ramasse le bidon, le verse dans le réservoir, referme le bouchon et « swigne » le bidon dans la cabine. Méo va se réchauffeur dans son camion, et je monte dans le mien. Pendant que je fais le code digne des bons vieux jeux Nintendo, la génératrice ne fonctionnera pas, ni le chauffage. Bon, pas si grave, ce n’est que dix minutes, après tout! Ben, on annonce -25 pour Ottawa, à environ une heure d’ici, donc ici il ne doit pas faire tellement plus chaud! Dix minutes plus tard, j’essaie : VRrrrrrrrrrrrrr (son de machin qui vire dans l’beurre). Je recommence la manœuvre. Un autre dix minutes. Là, les vitres sont givrées, et mes pieds, bien que dans mes bottes de ski-doo (des grosses Sorel -70) frissonnent. Toujours rien. Pas même une tentative, pas un demi-milli-vroum…

On passe donc à l’étape trois. Je recontacte Martin. Il faudra un service routier. Nous donnons son congé à Méo, qui trépigne d’impatience depuis le début. Méo est du type nerveux, et qui jappe fort, mais je doute qu’il morde! ;)

Martin me rappelle quelques minutes plus tard. Un certain Nick sera ici dans une heure environ. C’est lui le plus proche disponible! Ne reste plus qu’à attendre…

Vers une heure moins deux (c’est une expression, mais disons « juste avant treize heures »), Martin me téléphone. « Est-ce qu’il est arrivé? » « Eh, non, mais est-ce que c’est « Cardinal »? » « Oui, c’est bien le gars de Cardinal » « Ok, il vient de passer sur l’autre sens, alors il doit être sur la veille d’arrivée ».
En effet, je venais tout juste de voir le cube de Peterbilt passé en direction ouest. Quelques secondes à peine après avoir raccroché, le cube se stationnait juste en avant de moi! Bingo!

Le gars, probablement Nick, mais je n’ai pas eu le temps de demander, s’approche du camion en notant les informations afin de faire la facture (ils commencent évidemment tous par là) : nom de la compagnie, numéro de plaque, numéro de permis, etc. Il vient près de ma porte, je l’ouvre et il note le numéro d’indentification du véhicule (le numéro de série) et me tends la facture pour que je la signe. Il a inscrit 13h00 comme heure de début de l’activité. Je regarde sur mon téléphone : il est effectivement 13h02 à ce moment précis. Déjà? C’est fou ce qu’on peut perdre la notion du temps en état de dépression sur le bord d’une autoroute…

Une fois les paperasseries réglées, il amène deux bidons de cinq gallons de carburant, et les vide dans mon réservoir presque vide (ça en fera donc trois au totale). Il ajoute une bouteille de Howes, mon ancien additif préféré (si j’avais l’autorisation d’en ajouter…) qu’il divise de chaque côté.

Ensuite, il  ouvre le capot. Nous constatons que la pompe à carburant fonctionne. Je monte à bord et j’essaie de démarrer. Rien. Il va du côté passager, regarde ici et là (difficile à dire vu du siège) et peut-être touche t’il quelque chose). Je réessaye. Rien, mais un presque Vroum en lâchant la clé. Ah? Je réessaye… Vroum… peteuf… peteuf… peteuf… etc… Bon! Je fais tourner le moteur un peu plus vite qu’au ralenti pendant un moment afin qu’il prenne son respire… ou que le filtre à carburant se re-remplisse (environ un litre).
« Probablement Nick » vient me voir, et me dit qu’il n’est pas certain si le tuyau du transfert est dégelé, donc que je suis mieux d’aller faire le plein et de surveiller de plus près pour quelques jours. Il ramasse ses cossins et repart.

Je vais ramasser mes triangles (c’est si facile de les oublier là). Juste avant de repartir, je note l’heure : il est 13h15! Quinze minutes que ça lui aura pris… et encore, il est parti depuis presque cinq minutes déjà… Je me rends ensuite à Spencerville, ON, pour y faire le plein. Je suis évidemment sur-attentif à chaque son du moteur, à chaque « coup » que je ressents, bien souvent seulement une bosse sur l’autoroute…

Par la suite, un petit arrêt à Rivière-Beaudette, pour un café du Tim, avec un biscuit, et aussitôt fait, direction garage. À mon arrivée, je vais refaire le plein… mais évidemment, il n’en rentre pas beaucoup!

Pour résumé, cette petite aventure commença à 7h30 et je repartis à 13h30… Six heures de pause forcée, et bénévole, sur le rebord de l’autoroute, à me faire brassé à chaque camion qui passe.

Serait-ce arrivé si je n’avais pas ajouté soixante gallons de diesel dans le Tennessee? Était-ce du diesel d’été? Ou est-ce simplement le trop grand froid?

Serait-ce arrivé si j’avais refait le plein à Comber, comme supposé en temps normal? Ce que je n’ai pas fait puisque j’en avais amplement pour rentrer au garage de la compagnie…

Vais-je stressé avec ça ben longtemps, en me demandant toujours si il reste un peu de « carburant du diable » dans mes réservoirs, et qu’un moindre faux pas me causera un autre problème?

La seule question en fait auquel je peux répondre, est celle-ci : vais-je porter attention à mon aiguille de niveau de réservoir? Oui… et faire le plein le plus souvent possible par temps froid… et à chaque passage à Comber, ON, besoin ou non.

Et si vous vous demandez si ça arrive souvent? En quatorze ans, dont quatre pour une compagnie qui nous faisait brûler n’importe quoi comme carburant, c’est la première fois que ça m’arrive.

26 juin 2010

Hommage à Sophie-Les-Camions

Drelin, drelin... Tiens, me dit l’afficheur (ce qui est louche, vu que je ne l’ai plus), encore Boubou! Encore, parce que la veille, nous avons parlé pendant une heure! Je me dis qu’on doit bien avoir épuisé tous les sujets.

Le Boubou m’explique qu’il est en studio pour l’émission Truckstop Québec. Il voudrait que je fasse un hommage à notre Sophie-Les-Camions, à être enregistré pour ensuite être monté et diffusé en ondes ce mercredi. Hmmm, moi pis les voies, le téléphone, la radio… Autant j’adore Sophie, autant je suis touché par ce qui lui arrive, autant je suis un peu gêné de participer. La peur bleu de « choker »… En même temps, la belle Sophie a besoin en ce moment de tous les appuis et de tout le support qu’elle peut… En jasant un peu, je finis par accepter. Sophie mérite que je fasse un effort, après tout!

Nous convenons que le tout se passera vers vingt heures. Je devrai être arrêté, question de sécurité et de me faire entendre sans bruit de fond. Tout en poursuivant ma route, je me fais des discours dans ma tête (et parfois tout haut!). Aussi, je vérifie où je pourrai me stationner aux alentours de dix-neuf heures quarante-cinq, question de ne pas passer des heures arrêter (en fait, je n’ai vraiment pas de temps à perdre!). Je choisis le Pilot de Jackson, MS. Sophie d’ailleurs aime bien le café des Pilot… Moi aussi. Ça adonne don ben! J’y serai dans un peu plus d’une heure. Dans quoi me suis-je donc encore embarqué?

Juste avant d’arriver, je reçois par courriel-téléphonique le numéro de téléphone du studio. Une fois stationné, je constate qu’un camion est bien positionné pour ma tentative de projet « un camion par jour » que j’ai commencé cette semaine pour Le photographe ambulant. Tantôt, en allant chercher mon café! Je m’installe donc, crayon et papier en main, et je compose…

*****

Ah! Sophie-Les-Camions,
Autant elle est timide et secrète, autant elle se révèle dans son blogue. Je l’ai lu depuis la page un. Quelle vie, quelle femme exceptionnelle!
Sophie, c’est la détermination, le dépassement de soi incarné. Dressez-lui une barrière, elle la défoncera! Bien peu la voyait travailler, encore moins camionneuse… Sophie les a tous fait mentir!
Je veux te dire, Sophie, toute mon admiration. Tu as tout mon appuie, tout mon support aussi. Tu dois voir ce moment comme une nouvelle étape dans ta vie. Je suis certain qu’une fois la poussière retombée, tu sauras nous surprendre encore une fois.
Prends soin de toi, on est tous avec toi.
Ton ami Jeff, Le Train De La Nuit, et la petite famille.

*****

L’heure dite arriva. Je compose, ne sachant pas trop dans quoi je m’embarquais… Évidemment, je crois que c’est bien plus de ne pas trop savoir ni connaitre qui sera à l’autre bout du fil… et, comme dirait Pérusse à Sexe-et-conseille, nos 450 000 auditeurs! Si c’est pas le Boubou lui-même qui me répond! « Tiens, t’es rendu Big, Boubou! » Après un peu de blabla, on me met « dans le studio ». À partir de ce moment, j’entends tout le monde autour. L’animateur qui fait un test de son avec un interlocuteur par Skype; Boubou qui reçoit les appels des autres amis qui feront comme moi. Après quelques essais pour confirmer que le son est au poil (c’est quand même loin, le Mississipi), je suis le premier à passer. Je lis donc mon texte (ci-haut), en essayant de ne pas trop avoir l’air du gars qui lit son texte. Une certaine fébrilité me gagne. Une fois terminé, l’animateur confirme que c’est techniquement parfait, coupe le son de mon téléphone, et donne la parole aux deux autres. Je peux les entendre, et eux aussi ont un témoignage touchant. C’est que c’est quelqu’un, notre Sophie!

Les seuls que je ne pourrai pas entendre, par contre, sont Boubou, qui lui est en studio, et Yvan Domingue, si je ne m’abuse, le directeur des ressources humaines chez Trans-West, l’employeur de Sophie, Boubou et les autres, qui sera rejoint par téléphone plus tard dans la semaine.

*****

Encore touché, pour ne pas dire ébranler par tout ça, je suis allé me chercher un café (à plus de 35 degrés, beau temps pour prendre un café!). En passant, j’ai photographié le camion qui cachait le camion que j’aurais voulu prendre initialement… Bingo! Trois en trois!

L’émission a été diffusé mercredi le 23 juin, entre 20 et 22 heures, sur XM Radio et sur Internet.

17 mai 2010

Le Vice-Président

Dans une compagnie, il arrive souvent que nous ayons affaire au vice-président. Vous en connaissez assurément, il y en a partout.

Si la semaine va mal, on se confie à lui. Si la semaine va bien, aussi, mais il semble moins intéressé: il est meilleur pour régler les problèmes et les conflits.

Si on veut être au courant à quel point tous les autres confrères sont des incompétents, des impolis qui ne reculeront devant rien pour passer au devant des autres, si on veut savoir comment dénoncer ces gens désagréables qui demandent et reçoivent leur voyage de retour avant même d’être arrivé sur place, il est notre homme.

Si on a une demande technique ou logistique, on lui téléphone, car on a confiance en son bon jugement.

Si on veut savoir où est qui que ce soit dans la compagnie, on lui téléphone, car il est l’ami de tous.

Si on veut savoir qui est compétent, qui travaille vraiment pour les chauffeurs dans le personnel de bureau de la compagnie, en fin observateur, il est notre homme.

Si on peut redéployer la répartition pour économiser un ou des mouvements en échangeant des remorques, il nous dira qu’il avertira qui de droit, et qu’en cas de problème, il s’évertuera à faire comprendre à tout le bureau que "c’était ben mieux de la façon qu’IL a décidé de le faire".

C’est que notre homme a de l’éducation: il a entrepris un DEC en administration des affaires, qu’il a abandonné pour entreprendre un BAC en administration des affaires, malgré le fait qu’il faut un DEC complété afin d’entrer à l’université. C'est ainsi qu'il peut conseiller le grand patron sur la direction à prendre avec son entreprise!

Si on a eu une nouvelle, on se référera à lui afin de vérifier la nouvelle, ainsi que la crédibilité de la source de la nouvelle: il y a tellement de racontars sur la 401, on ne peut se fier à tous et chacun!

Si on veut savoir la différence entre un camion beau et un camion pratique, il pourra nous guider. Pourquoi se contenter de la beauté?

Si on a besoin d’un contact en haut lieu chez Kenworth, il est notre homme.

Parlant de contact en haut lieu, du temps qu’il était champion canadien de ski, il côtoyait les Trudeau et Mulroney de ce monde!

Parlant de ski, il ne compte jamais son temps afin de faire profiter, comme consultant, de ses connaissances en gestion de station de ski la grosse station dans Lanaudière ainsi que la plus grosse des Laurentides, eux qui sont si souvent incapables de résoudre les problèmes à l’interne!

Il a d’ailleurs été longtemps tiraillé car le plus gros gestionnaire de centre de ski au Canada, ne pouvant se passer des ses innombrables capacité de gestion de personnel ou technique en matière de station de ski, lui offrait un poste de gestion de la compagnie (pas juste d’une seule station, pfff) avec salaire dans les six chiffres, (camionnette, maison et déménagement fourni!). Mais tellement comblé par son travail de chauffeur à salaire durement gagné pour plus de quatre-vingt heures de travail sans reconnaissance de la part de ses si ingrats confrères, il a choisi le camionnage! Quel dévouement!

Il a un contact dans la police d’état du Vermont, alors toutes les technicalités des lois américaines, à un coup de fil près, il pourra vous les expliquer.

Il a également de nombreux amis parmi les camionneurs américains. Lorsqu’il en voit un prendre la 401, sitôt la douane de Windsor traversée, il s’informe aussitôt s’il se rend dans le grand Montréal. Lorsque c’est bien le cas, il donne à tout vents son numéro de téléphone, avec invitation à l’appel au besoin. Lui qui connait si bien la grande région de Montréal, il pourra servir de guide… et faire la conversation avec chacun d’eux à chaque semaine!

Si on se cherche un bon petit bistrot français sur la route du nord du Michigan, ou le propriétaire, si heureux de rencontrer un québécois, pourra nous nourrir presque gratuitement, il est notre homme.

Si par malheur, une douloureuse blessure nous afflige, difficilement opérable, il fera des pieds et des mains pour nous trouver un médecin rapidement.

Si on veut savoir quoi faire lorsque, dans une tempête, on a accumulé tellement de neige que la balance nous donne une infraction pour surpoids de près de 10 000 lbs, il est notre homme (apparemment, on plante le répartiteur qui ne voulait pas que la situation soit corrigée).

Il est toujours disponible pour nous aviser lorsqu’il a de beaux et longs voyages.

Curieusement, aucune nouvelle s’il a un court voyage! Probablement afin de ne pas nous affubler de sa tristesse.

Il est érudit: il lit La Presse et Ze Gazette tous les samedis matins, tranquillement en prenant un bon café. Sitôt les journaux terminés, il syntonise toujours le réseau PBS, auquel il voue un culte, ainsi qu’à ses auditeurs, afin de poursuivre l’évolution de son savoir.

Alors qu’il était affecté à la livraison d’eau à la Nouvelle-Orléans, il a pu s’entretenir des manœuvres militaires qui s’effectuaient derrière son dos, à lui et aux autres chauffeurs en attente, car il sait bien ce que font les militaires... son fils en est un, ce qui le rend si fier (ça au moins, c’est normal!).

Alors qu’il était chef national de la sécurité de la haute direction d’une grande banque canadienne à Montréal (pourtant gérer de Toronto depuis des années...), il passait ses temps libres à étudier les systèmes de sécurité des immeubles. Avec ses connaissances, il a pu conseiller l’entreprise qui installait le système de sécurité de notre nouveau garage, eux aussi si ingrats et incompétents. Malgré ses mises en garde, certains points furent négligés, et il y eut par le fait même de nombreux oublis et erreurs lors de la mise en marche du système. Bien fait pour eux, il faut toujours suivre les conseils de son vice-président.

Alors qu’il avait prétendument un problème de bouchon de réservoir de carburant, qui gelait facilement à cause de la présence d’une serrure, il l’a tout simplement cassé avec une grosse pince, au même moment où le grand patron, sorti en courant lors de son retour, allait lui conseiller de le faire. "On a pensé la même chose", lui avait dit le Vice-président!

P.S.: Il n’a pas passé des heures, retardant par le fait même deux autres chauffeurs, à chercher un tuyau que tous savaient qu’il n’existait pas, afin de sauver une réparation de crevaison, ainsi qu’un appel au responsable de la mécanique (dont se faire réveiller la nuit fait parti de la définition de tâche).

P.S. 2: Il n’a pas arraché le tandem de sa remorque en tournant trop court, le tandem reculé au maximum, au client de matelas en Géorgie, ni réparé le tout avec une barre à clou et de la broche, afin de ramener la remorque sur ses roues au garage.

P.S. 3: Il n’a pas non plus passé quatre à six heures par voyage pendant tout l’hiver sous la remorque à déglacer le plancher au petit tournevis, même après s’être fait dire plusieurs fois d’aller au lave-camion par tout le monde.

P.S. 4: Il ne négocie pas les rendez-vous à l’inverse avec le client afin d’être chargé avant ses confrères, simplement par bonté d’âme afin de leur tenir compagnie sur le chemin du retour, eux si ingrats qui ne l’attendrait pas une seule minute.

Attention, il ne faut pas confondre le vice-président et son secrétaire.

11 février 2010

On part - Chapitre Second

Qui dit Grand Rapids, dit douane de Port Huron. Probablement que nous commençons à y être connu, car c’est moins compliquer qu’avant d’y traverser. Avant, c’était quasi automatique qu’on allait à la fouille au rayon X! Ou la dernière fois, le douanier me demande où je vais. Je lui réponds par l’état, comme depuis toujours, donc au Michigan. Il me dit : nous sommes au Michigan et tu n’es pas rendu, donc, où vas-tu? J’ai donc dû lui sortir la ville de ma non-mémoire!

Arrivé chez mon client, je constate que c’est gros. Même très gros. J’oserais dire gros en tabarnak! C’est un centre de distribution pour une chaine de grande surface que je n’avais jamais vu avant. Et à voir les entrepôts (il y en a plusieurs, réfrigérés ou non), il doit y avoir plusieurs magasins… À la guérite, on demande d’avoir notre numéro de P.O. en main en arrivant. Je regarde rapidement, puis je donne les factures au gardien. Après tout, il doit savoir d’instinct où le trouver! Pas toujours… Il me demande ce que j’amène. Des gros rouleaux de papier. Genre pour l’imprimerie, qu’il me dit? En plein dans l’mille! Ah, c’est pour ça que je n’ai pas de numéro de P.O.! On prend des notes pour la prochaine fois…

Il me donne la carte et les directions pour retrouver l’imprimerie. Hé ben, cette chaine imprime elle-même ses circulaires! Ça c’est être visionnaire et créateur d’emploi! Bien sur, il faut être mauditement gros pour que ce soit rentable!

Pour le retour, je me rends dans le village très ancien de Vicksburg, au sud de l’état. J’y ramasse un genre de farine… ou une poudre quelquonque! Puis, de retour sur la route en direction d’un mini-congé de quelques heures afin de reprendre un peu du temps perdu en congé de maladie. Et aussi de profiter de la manne qui passe.

Comme d’habitude lorsque je crois que je pourrai être rentré tôt, j’arrive tout juste à temps pour souper! J’ai encore ben de la misère à prédire mon temps de travail! Je dois laisser ma remorque à notre cours de Lachine, et mon camion pour la soirée aussi. Ma prochaine remorque est à Saint-Chrysostome.

Caro offre que nous allions souper au SunK à Châteauguay. Excellent restaurant chinois. Oubliez les buffets d’un kilomètre de long avec plus de non-chinois que de chinois. Il y a là un buffet raisonnable (assez de variété pour faire deux bonnes assiettes de cochon sans se répéter), mais surtout, délicieux. C’est là que j’ai découvert que la soupe Won Ton, ce n’est pas seulement pour bourrer la panse afin que le client ne pige moins dans le buffet : ça peut aussi être bon!

Le décor est très chinois, on pourrait probablement dire kitsch. Il n’a pas changé depuis des lunes. Et la propriétaire, avec son mari et son fils, était une amie de Brenda, feue la maman de Caro. Cette fois, je crois que c’était la chaleur, on aurait dit que personne de nous trois ne « feelait » pour manger comme des cochons (c’est ça le but d’un buffet, non?).

Une fois rendu à Châteauguay, pourquoi ne pas en profiter pour se rendre chez tante Anna, à Sainte-Martine? Bon, avoir su, j’aurais trainé mon camion. Rendu là, on est à une vingtaine de minutes du bureau. Caro me raconta que Raymond, son cousin, avait vendu sa maison et que depuis aujourd’hui, il était retourné chez sa mère! Il doit ben avoir proche cinquante ans, le cousin, alors la situation est pour le moins cocace. C’est temporaire, mais quand même.

Tout juste derrière nous, Sylvain, un ami de Raymond arriva. Nos deux compères s’en allaient voir un spectacle Hommage à Led Zeppelin (c’est de leur âge!). Et Sylvain n’arrêtait pas de taquiner Raymond : bonsoir, habitez-vous chez vos parents?

Après un brin de jasette, nous sommes retournés vers mon camion. Il faisait si froid que j’ai décidé de retourner au garage pour y passé la nuit, ce qui permettrait à la couchette de se réchauffer, plutôt que d’attendre sur place qu’elle ne réchauffe. Je suis parti sans remorque, ce qui en soit est un événement! Et comme je ne savais pas mon numéro de remorque, je n’ai pas pu vérifier qu’elle n’était pas dans la cour de Lachine (ça t’arrive une seule fois de courir toutes les cours à la recherche d’une remorque!). J’avais donc un genre de doute, tout en ayant confiance car les erreurs sont rares chez TJB.

Arrivé au garage, j’ai rencontré deux confrères de travail qui venaient de rentrer, Reefer et Moustache. Une courte discussion s’en suivit, mais eux s’en allant à la maison, ils étaient plus pressés que moi! Je suis donc allé chercher mes payes et mes papiers de voyage dans ma case avant d’aller au lit. Les payes y étaient, ainsi que l’avance d’argent demandé, mais pas de papier de voyage, ni de numéro de remorque… Louche, mais bon, on verra ça demain avec Jean-Pierre!

Dimanche matin, j’observais la faune déambuler dans la cours tout en me réveillant… Il n’y eut qu’un chauffeur, que je ne connaissais pas. Je déplaçai mon camion à la pompe afin de faire le plein, me permettant de « fermer » la semaine précédent, et de remettre mon enveloppe dans ma case pour traitement futur (et donc paye le jour venu!). Une fois l’opération complétée, avec maintenant plus personne en vue, je suis retourné à l’intérieur afin d’y laisser la précieuse enveloppe. J’en profite pour remplir une de mes bouteilles d’eau, l’eau du puits étant si bonne (par contraste avec celle du village qui était si moche du temps où j’y habitais).

Avant de téléphoner à Jean-Pierre (j’hais ça déranger quelqu’un dans son congé, même lorsque c’est justifié), j’ai eu un éclair de génie! Oui, ça m’arrive une ou deux fois par année. Je me suis dit, perspicace, que si je regarde sous le rideau de fer, je pourrais voir mon numéro de remorque sur le tableau des chauffeurs. Par la suite, je pourrais voir si elle est dans la cour (ou si j’aurais dû faire dodo à Lachine!). Si c’était le cas, je n’aurais qu’à me faire faxer la feuille nouveau genre pour la douane demain sur la route (après vérification dans ma tête qu’on est bien dimanche, donc demain est un jour ouvrable!)… Les papiers pour la livraison eux sont toujours dans le nez de la remorque.

Numéro de remorque en main, je retourne dans mon camion et je me rends au fond de la cour, là où sont stationnées les remorques. Bingo, la mienne est là! Au moins, je ne me suis pas rendu au garage pour rien! J’accroche donc ma remorque et je suis prêt à partir.

La route va bien. La 401 est fidèle à son habitude, longue et en montant. À partir de Kingston, la neige se met de la partie. Rien pour faire peur à un saguenéen, mais assez pour faire une file de voitures. C’est le traditionnel retour à la maison du dimanche en fin de journée! Comme je suis tôt, comparativement à la normale, je décide de me rendre à Dorchester pour la nuit. Je ne suis pas vraiment pressé ne livrant à Springfield, MO que mardi en après-midi, mais avec tout ça, il est une belle heure pour s’y accoster.

Évidemment, qui dit Dorchester le soir dit Internet lent. Parce qu’au petit matin, c’était beaucoup plus rapide. Ce doit donc être l’affluence du soir qui ra—len—tit… Je me couche réellement un peu tard (quelqu’un de surpris?). Je finis par repousser l’heure du réveil.

Je pars donc un peu à la course le lundi matin. J’ai beau ne pas être trop pressé, il y a quand même une limite à perdre son temps, ce que je n’ai d’ailleurs pas trop de misère à faire. J’arrive à Comber, ON peu après dix heures. Mon plan : faire le plein, mettre le diner dans le réchaud, ramasser le fax et le coupon de l’oncle Tim, et repartir vers les douanes (à quarante-cinq minutes de là); en chemin, mettre le diner à chauffer afin qu’il soit prêt une fois les douanes traverser (il y a un stationnement tout de suite après la douane ou une demi-heure plus loin, ce qui est trop pour moi aujourd’hui).

Ça, c’était le plan. Ce qui veut dire que c’est ici que ça se gâte! Je fais le plein, je stationne mon camion, je téléphone à Jean-Pierre afin de lui demander le précieux papier (on a maintenant besoin que d’une feuille à présenter au douanier, feuille que l’on pourra d’ailleurs remplir nous même une fois qu’on en aura à bord). Ce sera fait, qu’il me dit. Je vais donc au toilette et ramasser mon coupon qui ces temps-ci arrive sous forme de carte! Normalement, le temps est ben en masse suffisant pour que l’opération ait fonctionné.

Je vais donc voir Lori (de Comber, à ne pas confondre avec Lori du bureau, même si elle est tout aussi sympathique) qui, connaissant les TJB par leurs maudasses de faces, sait en me voyant qu’elle n’a rien pour moi. Elle vérifie quand même, mais comme elle a beaucoup moins de fax qu’à Tilbury (l’autre relais une sortie plus à l’est), ce n’est pas très long.

Je retéléphone au bureau. Le patron lui-même me répond. Je lui explique la situation. Il vérifie avec Jean-Pierre, qui dit que « c’est parti tantôt ». Comme je ne l’ai pas eu, il me le renvoie. En quelques minutes, Lori de Comber me fait signe. Elle a deux feuilles. Une vierge et une qui dit que je traverse à la douane de Port Huron! Je saute haut d’même (parce que je suis à deux pas de la douane de Détroit)… pour me rendre compte, avec ma mémoire cette fois phénoménale, que c’est la feuille de la semaine dernière (mon voyage chez l’imprimeur dont je parle plus haut).

Je retéléphone au bureau, pour tomber sur Jean-Pierre lui-même. Je lui raconte tout ça. Ce n’est pas très drôle, mais je suis calme (Caro dirait : étonnamment calme, mais au travail, j’ai un calme olympien). Il me dit qu’il va vérifier tout ça et qu’il me rappelle. Bon, autant allé faire chauffer le diner…

Quelques minutes plus tard, la réponse arrive : mon voyage n’a pas été dédouané. Rien, niet, aucun dossier ouvert à mon nom! Je suis donc passé dans la craque du plancher! C’est la première fois qu’une telle chose se produit depuis qu’il faut pré-dédouaner les voyages à destination des États-Unis! Hé ben. Et, bien sur, ça tombe sur l’heure du diner! J’envoie donc la facture de douane au bureau afin qu’eux puissent faire leur bout du travail. Lori de Comber rigole un peu avec moi de la situation. Je déplace ensuite mon camion afin d’être dans le champ d’action d’Internet (je ne capte pas le signal de partout à ce relais). Comme je ne peux plus avancé avant d’avoir ce papier, et qu’il faut qu’un peu de temps s’écoule avant que la douane américaine accorde ses flûtes et nous autorise à nous y présenter, je vais donc me sacrifier sur Internet en attendant que le diner soit prêt (ce qui ne tarda pas avec tout le temps que ça a pris!) et que le fax revienne. J’estime au pif aux alentours de treize heures trente.

Comme prévu dans ma tête, treize heures trente précise, je peux quitter (enfin) Comber, papier en main. Merci Jean-Pierre! Moins d’une heure plus tard, me voici sur le pont Ambassadeur, le seul endroit où, pour passer du Canada aux États-Unis, il faut monter vers le nord! Sur ledit pont, on peut voir que l’eau n’est pas gelée du tout. Fin janvier, c’est assez exceptionnel! Et comme toujours ces temps-ci, grâce à la récession qui se prolonge et aux nombreuses compagnies de transport en faillite ou au ralenti, il n’y a pas beaucoup de camions en attente au poste de la douane américaine.

8 février 2010

L'orteil - Chapitre premier

Notez que j'ai écrit cette histoire il y a quelques jours...

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J’ai l’impression, depuis quelques semaines, de m’être métamorphosé en orteil. On ne me dit plus "Bonjour, comment vas-tu?", on me dit plutôt directement et froidement : "Ton orteil, est rendu comment?". Non mais, l’humain derrière ça (je devrais dire au dessus), on l’oublie?

Revenons un peu en arrière. Résumons l’épisode orteil, pour la postérité et pour mes lecteurs qui ne sont pas mes "ami-e-s Facebook" qui eux ont vu défiler l’histoire…

Depuis la mi-novembre, j’ai une infection à un orteil. En me coupant les ongles trop court (maintenant je sais), je me suis coupé un peu la peau. Comme ça arrive de temps à autre. Un peu de sang, et normalement, ça cicatrise et ça guérit tout seul. Mais pas cette fois! Il s’est donc mis à me pousser une petite « scrappe » (le mot est de mon docteur belge; à la clinique où l’on va, il y a « le belge » et « le chinois ») sur le rebord de l’ongle du gros orteil. Du pied droit pour tout vous dire. Et comme l’ongle gosse directement dans la « scrappe », ça s’auto-ré-infecte en permanence!

Caro : t’es infecté! Caro voit du rouge sur la peau et dit : "t’es infecté, fait d’quoi"! Du genre que tu te donnes un coup de marteau sur un doigt, ça rougit, et elle dira que c’est infecté. Pas toujours, chérie. Mais cette fois, elle avait raison. Mais je suis un maudit gars quand même… et les gars et les médecins, c’est deux!

Je suis donc allé voir le médecin, Le Belge (en fait, on ne choisit pas, ils font chacun leur semaine), au CLSC de Saint-Michel-des-Saints. Première visite : on me prescrit des antibiotiques et je dois faire trempette à l’eau de Javel trois fois par jour! Je dois revenir dans deux semaines.

Je pars donc travailler avec mon ensemble à trempette : tasse à mesurer, cuillère à mesurer, plat à céleri (ça a la forme d’un pied, non?), vieille serviette et gallon d’eau de Javel La Parisienne (celle-là, elle fait mieux pour les trempettes, il y a un ingrédient nocif en moins que les autres marques).

Je réussis à me faire la trempette environ une fois et demi par jour (c’est une moyenne évidemment!). Au moins, j’ai réussi à guérir ma brûlure sur le dessus du pied que je m’étais faite à Jonquière (là où les trempettes ont commencé, avant de voir le médecin) parce que j’avais mis l’eau trop chaude! Vive la crème Barrière et la crème Mon bébé!

Je réussis donc à prendre tout mes médicaments (pas évident en camion, surtout que je devais être à jeun : je me suis donc rendu compte que je mange tout le temps) et à faire une bonne partie des trempettes suggérées. En plus, j’ai eu des voyages un peu pompier, donc sans vraiment de temps pour prendre trente minutes pour me minoucher! Et j’ai fait deux semaines collées (avec un gros six heures de congé entre les deux) afin d’être certain de pouvoir revoir Le Belge à temps.

Dimanche en après-midi, me revoici donc dans la salle d’attente du CLSC, sachant bien que ma "scrappe" n’a pas vraiment diminuée. Un peu au jour 9 et 10 des antibiotiques, mais elle est redevenu  "normale" aussitôt que j’ai eu terminé (après 10 jours). Et en blague, je me dis que le doc va certainement m’amputer au genou… Il faut savoir que ce CLSC est aménagé en quasi hôpital (mais hôpital de brousse) afin de servir de poste de prétraitement ou de stabilisation pour les urgences, car cette ville est tellement loin de la mappe qu’un malade en ambulance aurait le temps de mourir ben des fois avant d’arriver à l’hôpital de Joliette. Sans compter que, une bonne heure de route plus au nord, il y a la réserve de Manouane… Ça c’est loin! Il faudrait d’ailleurs aller les visiter un de ces jours… avec notre Bleu qui frotte partout!

Le Belge décide de m’opérer afin d’enlever le morceau de "scrappe", et ensuite de tailler l’ongle en biseau afin qu’il cesse de gosser d’dans le temps que ça guérisse. Il me dit : "le pire, ça va être la piqure pour que je te gèle, après tu ne sentiras rien". Ben, que j’me dis, c’est ça l’but d’être gelé!!! Mais imaginez vous ça comme vous voulez, il n’y a pas grand muscle ni gras dans un gros orteil… Ça pince en mausus! Jusqu’au cœur! Par la suite, tchique, clouk, pow, et un peu de nitrate d’argent. Parti Le Belge, retour de l’infirmière. Je ne sais pas ce que ça avait l’air (je ne suis vraiment pas "game" de regarder), mais elle a dit: "wow, que c’est ça? Du nitrate d’argent?" Je réponds positivement. Elle me fait donc le plus beau des pansements. Le Belge se présente la binette et échange avec l’infirmière. Je ne sais pas trop si il parle de moi ou de son suivant cas. Finalement, c’est bien de moi qu’ils parlent. Je dois revenir demain en fin de journée pour me faire nettoyer tout ça et refaire un beau bandage tout neuf. Et, disent-ils à ce moment, à chaque jour pour quelques jours.

Je me dois ici de raconter mon retour à la maison, sinon Caro va l’écrire en commentaire… Quand elle peut se payer ma tête…

Une fois l’opération effectuer, nous réembarquons tous les trois dans l’auto afin de retourner chez nous. Erreur! Je passais mon temps à dire à Caro qu’elle allait trop vite, que ça brassait (ça n’étant évidemment pas de sa faute, mais la route est très sinueuse et elle était partiellement glacée), etc. Je lui demande s’il y a de l’eau à bord. Non, bien sur! Il n’y en a que lorsqu’on n’a pas soif! Je lui dis qu’elle pourrait arrêter à Saint-Zénon pour m’en procurer. Pourtant à une vingtaine de minutes, j’ai trouvé que le village n’arrivait jamais! Une fois stationné, tout en sueur, j’ouvre la fenêtre pour me rafraichir pendant que mes femmes vont à l’épicerie. Je trouve ça ben long, évidemment. À leur retour, je demande à Caro s’il y a eu une éclaircie pendant le long voyage (une vingtaine de minutes, rappelez-vous). Elle rigole bien et me dit :  "non, il a fait ce temps nuageux tout le long". Dehors, il faisait sombre comme dans un film de vampire! Ben, en plus d’être passé ben proche de perdre connaissance, j’ai vu le soleil… pis pas rien qu’un peu! Rassurez-vous, je n’ai quand même pas vu la célèbre lumière au bout du tunnel… Après avoir bu un peu et repris mes esprits pendant quelques minutes, ce que j’aurais d’ailleurs dû faire au CLSC, comme on nous le demande pour les vaccins, nous nous sommes rendu à la maison.

Bon… Mon premier congé de maladie officiel! Comme j’étais supposé partir le lendemain, j’écris donc à Jean-Pierre et à Jocelyn afin de leur dire que je ne pourrai pas travailler au moins jusqu’à la mi-semaine, si ce n’est pas de toute la semaine. Le Belge réévaluera au jour le jour. Je me transforme donc en malade à la maison au grand plaisir de Sarah.

Le lendemain, de retour à Saint-Michel-des-Saints. L’infirmière me retire le bandage, y jette un œil, fait vérifier par Le Belge et commence la procédure du nettoyage. Elle sort une seringue digne d’une péridurale! Les yeux me sortent presque des orbites!!! Elle rempli la seringue avec du Dakin, un peu comme de l’eau de Javel médicale. Elle place mon pied sur un piqué, vise… et arrose généreusement "là où ça fait mal"! C’est froid! Et ça chatouille… Je deviens blême et sens que je vais m’évanouir. Le Belge me dit : "met ta tête contre tes genoux, tu vas t’évanouir!" L’infirmière essuie l’orteil et refait un beau bandage tout neuf. Changement de programme, je dois refaire le bandage moi-même demain (Caro, ça va faire pareil!) et revenir dans deux jours, soit le mercredi. Une fois débandée, je dois me laver le bobo à la douche tout simplement…

Dans la journée de mardi, Êve me téléphone. Êve, c’est le département de la paye chez TJB. Elle me dit : "est-ce que je te mets sur le chômage?" Bon, ça y est, une petite blessure et ils sont prêts à me foutre à la porte! Temporairement bien sur… Je réponds que non, car ce sera pour moins d’une semaine. Et que l’assurance-emploi, pour s’activer, à besoin d’une semaine à zéro heure (pour un cas de maladie, je dois avouer que je ne sais pas, mais pour un "manque de travail", c’était ça il y a encore quelques années). Je lui dis donc que je les tiendrai au courant de l’évolution vers la fin de la semaine…

Caro n’est pas très chaude à l’idée de me voir la boucherie… Elle pouvait bien se payer ma tête l’autre jour! Je prends donc une douche, en arrosant allègrement ma plaie. Ça chatouille un peu, mais je peux presque regarder sans m’évanouir. Ah, pas si pire! Je me contais ça épeurant pour pas grand-chose, finalement. Caro m’a fait un beau pansement digne d’une professionnelle de la santé!

Mercredi en fin de journée, de retour au CLSC où je commençais à être connu. Eux aussi disait : "tient, l’orteil est arrivé!". L’infirmière me confirma que Caro avait fait un beau bandage de professionnelle. On me demanda de continuer ce type de bandage pour quelques jours, pour ensuite mettre un simple diachylon. Et c’en était fini des visites au CLSC. Mais au dire du Belge, le travail n’est pas garanti… J’espère que ce sera suffisant.

Aussitôt arrivé à la maison, je téléphone au bureau afin de me vanter d’être toujours en vie. À ma question "avez-vous du travail?", je me fis répondre :  "on est débordé cette semaine!". Je fus donc mandater pour Byron Center, MI, en banlieue de Grand Rapids. Nous avons toute une panoplie de client autour de Grand Rapids!

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À suivre...