17 juillet 2014

Triste nouvelle

J'apprend aujourd'hui le décès de mon confrère et ancien patron, monsieur Claude Lemieux (voir le message que ma compagnie a publier en fin de message)...

Alors que je suis arrivé chez lui, Claude a été presque comme le père que je n'avais plus, à l'époque, depuis quelques années. Il m'a donné les outils nécessaires afin de bien faire mon travail, ainsi que tout le support et la latitude dont j'avais besoin.

Environ un an plus tard, il mettait fin à son aventure dans le camionnage en tant que patron, et tous les deux (avec d'autres de ses chauffeurs), nous sommes retrouvés chauffeurs chez TJB.

Claude, avec son expérience incroyable, avait toujours des choses à raconter sur ses nombreuses années sur la route, chez J.E. Fortin comme chauffeur puis dans sa propre compagnie.

Une chose que je retiens, c'est qu'il a toujours dit: "Prends soin de ton camion et il prendra soin de toi". Une autre, c'est que malgré les embuches, le soleil finit toujours par revenir.

Bon voyage, Claude!

Mes sympathies à Martha, sa conjointe, à ses trois enfants, à tout le reste de la famille, ainsi qu'à tous ses amis et nombreuses connaissances.

La communauté du camionnage est en deuil.


Message publié sur la page Facebook de TJB:

Bonjour à tous ! Aujourd’hui s’est éteint, suite à un combat contre le cancer, notre collègue et ami M. Claude Lemieux. Claude venait d’avoir 73 ans la semaine dernière. Claude a « trucké » avec Jocelyn et vous pendant plusieurs années. Il nous a quitté pour son dernier voyage de façon paisible. Toutes nos pensées sont pour Martha, sa conjointe, et ses enfants. Nous afficherons sous peu les informations pour le service sur le babillard de l’entrée.et sur facebook.

Eve et Jocelyn

28 mars 2014

Malade sur la route

Jour 1

Tout va normalement.

Jour 2

Je sens que je devrais éternuer, mais rien ne se passe. Je sens que je devrais me moucher, mais rien ne coule. La misère... Toujours entre deux!

Jour 3

Livraison à Lebanon, TN. Je dois faire une sieste, parce que je suis trop fini. Un confrère vient me réveiller pour me dire bonjour! Misère! On ne sait jamais si le gars a roulé tard, où si il a eu quelque chose... À ne pas faire, svp. J'en profite pour dîner. Mais pour une fois que j'avais une heure de trop...

On descend à Leesburg, AL. J'ai chaud, j'ai mal partout. Je charge après celui qui est déjà là. Parfait, je m'étends en attendant.

Mon tour arrive trop vite. Chargement. Je me rends à Rising Fawn, GA de peine et misère.

Et c'est là qu'arrive la nuit d'enfer! Je me réveil au 15-30-60 minutes, je suis incapable de trouver une position pour dormir. J'ai chaud et froid. Je finis par dormir dans le mauvais sens du lit. J'étais certain que j'étais incliné. Mais au matin, le camion semblait bien au niveau.

Jour 4

Je fais ma journée presque normalement. Je m'arrête pour dormir à Wapakoneta, OH. La tempête semble vouloir commencer devant nous. Ça adonne bien.

La nuit eset mouvementée. J'arrive a dormir en bloc raisonnable, mais je me réveille plusieurs fois. Au moins, je peux boire de l'eau, me moucher et prendre des tylenol au 4 heures.

Jour 5

J'annonce à Caro et Sarah que je n'irai pas à l'activité avec En-Cœur. Je n'ai pas envie de donner ma grippe aux autres enfants. Ce n'est évidemment pas une bonne raison...

J'arrête à Monroe, MI pour une pause. Je suis maintenant fiévreux. J'espère que les tylenol suffiront. Trop mal, je fais une sieste.

Je reprends ensuite pour traverser Détroit, MI. Je dois continuer jusqu'à Port Huron, MI, à cause de la palette (en fait, un seul baril) de matières dangereuses. Les assurances du pont Ambassador ne couvrent pas les matières dangereuses. Je me demande d'ailleurs si le futur pont...

Je m'arrête à Adair, MI à la halte routière. Ça me prend encore toutes mes énergies pour aller aux toilettes. Même si je me suis mis pour repartir dès mardi, je commence à penser à annuler mon départ.

Je passe les douanes. Je trouve que je parle drôle quand je m'entends avec le douanier.

Au Flying J de London: comme nous sommes face au vent, il fait un froid extrême. Je les haguis!

Je me rends au ONroute de Woodstock. Comme aux autres repas, je m'étends pour me réchauffer avant de manger. Je me relève 2 heures plus tard. Je décide de coucher ici, après 5 heures de travaille... Ouf! Méchante journée...

Jour 6

Je me réveille plusieurs fois, mais à 3:00, ça semble pour de bon, après un sommeil qui semble réparateur. Je vais déjeuner au Tim: je réveille le gars. Façon de parler... Il dort debout. C'est plutôt désert à cette heure-là.

Je commence ma journée: c'est encore possible d'arriver à temps! Je fais un arrêt à Port Hope, ON. Je dine à Odessa, ON. Je prends un autre pause à Rivière-Beaudette, QC.

Je fais ma livraison à L'Assomption, QC. Il n'y a pas de vide, donc on va souper au Benny. Comme elles sont en revenant, Caro et Sarah s'arrêtent pour souper avec moi. Puis, nous partons pour la maison.

Jour 7

La nuit est bonne, mais j'ai du mal à m'endormir, trop habitué à dormir par bout. On va déjeuner au resto. En revenant, je me rend compte de mon manque de sommeil. Au retour, j'aurais bien voulu dormir, mais elle ne voulait pas, évidemment. Si ça ne saigne pas, t'es pas malade... Ça va pour elle, alors ça doit nécessairement aller pour moi.

Jour 8

Là, j'ai si bien dormi que j'ai ronflé toute la nuit. Au matin, je me réveille bien reposé. Enfin!

21 mars 2014

L'hiver qui n'en finit plus

Mission: Déblatérer sur les bienfaits pour le moral d'aller au chaud pendant l'hiver. 

Cet hiver, on a eu un hiver. Bon, comprenons nous bien. Chaque année apporte son temps froid et sa neige. Pour ceux qui restent "en ville", c'est continue.

Mais pour le camionneur, spécialement ceux qui font, comme moi, du nord-sud, l'hiver, la majorité du temps, est suspendu. Dans le sens que, en seize ans de camionnage, incluant les quatre premières à faire de la Nouvelle-Angleterre, où le climat est comparable au Québec, j'ai encore trop de doigts pour compter le nombre de tempêtes vécues. Par vécu, j'entends vraiment rouler dans la misère ou être obligé d'arrêter par les conditions de routes exécrables.

Notez ici qu'on a la couenne moins dure que "dans mon temps", si je me fie à la facilité avec laquelle les écoles sont fermées lors de semblant de tempête. Et que comme je viens de Kénogami, ben, de la neige, on a déjà vu ça.

Il y a eu le soir du grand verglas, où nous nous étions arrêtés, plusieurs de ma compagnie d'alors, au Ezze Truck Stop de Mexico, NY, en fait à Parish, NY. Le lendemain matin, au déjeuner qui ne finissait plus, il fallait attendre que les autres camions, qui s'étaient stationnés vraiment n'importe comment (lire: comme ils ont pu!), aient pu sortir et libérer la place.

Mais nous n'avions rien vu de la catastrophe...

Mais je m'éloigne. Cet hiver, vous l'aurez compris, en est un qu'on pourra qualifier de "pire que pire", comme aurait dit ma grand-mère. On a d'ailleurs une nouvelle expression qui est entré dans le langage populaire: "il fait -1000!"

Il y a eu des tempêtes, des verglas, du froid extrême.. Et même de la chaleur à faire fondre l'hiver. Et parfois dans la même semaine!

Si bien que tous les dictons populaires ne servaient plus à rien. Impossible de prédire quoi que ce soit.

Il a même neigé aussi loin au sud qu'en Floride et au Texas! Atlanta paralysé par deux pouces de neige! Incroyable. Pour nous du nord en tout cas.

Tout ça pour dire que, l'air de rien, faire du transport nord-sud fait que chaque semaine, on voit la chaleur. Bon, on saute une semaine ici et là, comme quand on va vers Sault-Sainte-Marie, à destination du Minnesota ou du Wisconsin. Là, l'hiver est aussi rude qu'ici. Pas pour rien que Polaris et Artic Cat, les deux compagnies de motoneiges, y sont nées.

On saute aussi un tour si on va moins loin, ou plutôt vers l'ouest. En Iowa, au Nebraska, il fait très froid. Et ils ont de ces tempêtes. Et eux, avec d'autres etats, ferment simplement les autoroutes en cas de tempêtes. Simple, car de toute façon, ils ne sont pas vraiment bien équipés pour les déblayer. Mais ça retarde son camionneur.

Reste que régulièrement, nous retournons au sud. Et on ne se rend pas compte, sauf cette année où ça nous manque, à quel point ça nous fait du bien.

Sortir dehors en chemise, même si on dirait que 19 l'hiver, ce n'est pas comme 19 l'été, ça n'a pas de prix. Même si on passe deux jours ensuite avec la morve au nez. Même si n'importe quoi...

Calisse que a fait du bien.

Je crois que je me cherche un pied-à-terre au Texas...

17 février 2014

La nuit, vous faites quoi?

Est-ce que le moteur du camion tourne la nuit?

Non, sauf par grand froid.

On a un chauffage de cabine, un Webasto. Ça brûle du diesel pour faire de la chaleur, exactement comme un chauffage à l'huile dans une maison. Il existe d'autres système: un qui peut chauffer le liquide de refroidissement (Prestone). C'est alors le chauffage du camion qui fournit la chaleur. Un autre système est constitué d'une génératrice, qui recharge les batteries, d'un système indépendant de climatisation (pour l'été) et du même Webasto à air chaud pour les nuits d'hiver. Pour avoir eu les trois, j'ai trouvé le système "à l'eau" le plus facile à vivre. Tu entends ronronner ça environ 15 minutes par heures. Confort et silence merveilleux. La génératrice était bien, mais elle demande un entretien rigoureux. Pour quelqu'un qui est souvent au chaud, ce sera mieux. Mais dans mon cas, je laisse rarement tourner le moteur en été, n'étant pas souvent ni longtemps au très chaud.

En bas de -20 environ, on va laisser tourner le moteur. En partie pour la chaleur, parce que le Webasto, ça finit par ne plus suffire, mais surtout pour être certain que le camion va redémarrer au matin. Les Cummins sont "fragiles" au froid, mais pour les Volvo et les Paccar (comme le mien), ils sont capables d'en prendre.

Dans mon cas, ce matin (au moment d'écrire le message), ça commençait à travailler plus fort au démarrage. Je crois que la limite minimum était proche. Mais en même temps, rien encore pour paniquer. Notez que je n'ai encore pas laissé tourner le moteur cet hiver. C'est bon pour l'économie de carburant. Au prix où le diesel est ces temps-ci, c'est presque moins cher de coucher à l'hôtel que de laisser tourner le moteur!

Ainsi dormons-nous bien au chaud... ou au frais, selon les saisons!

P.S.: Si vous avez des questions ou des suggestions de sujets sur le domaine du camionnage, laissez un commentaire et je vous répondrai dans un message subséquent. Que vous soyez un autre usager de la route, un futur chauffeur, un européen qui désire mieux connaitre comment ça se passe en Amérique...

10 février 2014

La température

Parlons-en, de la température.

Le camionnage, c'est de vivre pleinement en harmonie avec les éléments. Surtout si votre type de transport implique une partie du travail à l'extérieur, comme sur les plate-forme ou les citernes. Mais de toute façon, la température fait parti de la vie sur la route.

Surtout en hiver. Comme cette semaine, au retour des vacances... Après avoir eu une semaine à -25 (et ça, c'était à la maison, car au Saguenay, il faisait -40, et ailleurs, -30 ou -35), semaine où, temps des fêtes obligent, j'étais en vacances, arriva donc la semaine de schnoutte.

Tout d'abord, j'ai dû déterrer le camion. Le toit de la maison s'était vidé peu après mon arrivée, en fait, exactement au moment de notre départ pour Kénogami pour Noël. Pas le temps de déneiger donc.

Au retour, évidemment, on oublie ça, plus ou moins volontairement. Puis, on repart vers Rimouski pour le Jour de l'An.

Arrive donc le moment de ressortir le camion. La neige a durci. Elle est comme du sel, mais par bloc. J'ai donc l'impression de pelleter des cubes de sucre.

À mi-chemin, j'ai pris une chance de sortir le camion. Pourquoi finir le travail si ça sortait dès maintenant? Bon pari, le camion est sorti comme en été. Ben, à peine un peu plus difficilement! Je l'ai stationné juste un peu plus en avant.

Deux jours plus tard, c'était le grand départ. Le temps avait encore changé. La neige était maintenant en sel, mais molle. Un peu comme du sable à la plage. Les pneus ont bien mordus, tout en douceur.

Une fois sur la route, le temps allait encore changer. La température réchauffant en arrivant à Joliette, la route était maintenant sur neige durcie.

Une fois la remorque accrochée, j'ai repris la route vers Laval. La route était maintenant à la belle eau claire.

En arrivant en ville, à Laval, puis du côté ouest de Montréal, la route est devenue complètement sec.

Je suis arrivé en Ontario. Autour de Cornwall, il y eut de forte bourrasque de neige. De beaux gros flocons.

Puis, plus rien. Le calme plat. Ensuite, à Kingston, un blizzard. Je me voyais ni ciel ni terre. Pendant une quinzaine de minutes, impossible de rouler à pleine vitesse. Plutôt à pas de tortue.

La neige au sol était ensuite une neige durcie. Celle qui a toujours plein de trou et qui donne l'impression de rouler sur une route de gravelle.

Plus loin, il y avait de la glace noire. Façon de parler, car c'est une illusion d'optique. La glace est transparente, mais comme la route est noire... Reste que la route est donc glissante. Mais les pneus, qui sont chauds, collent quand même très bien. Si ce n'était pas des branleux qui ont peur d'avoir peur...

Je me suis arrêté au Fifth Wheel de Bowmanville, ON pour la nuit. Alors qu'il faisait 0 à la maison, il faisait maintenant -11 ici. Ben, au réveil, il faisait -20! Je me suis réveillé gelé comme en hiver. Et c'est là que j'ai constaté que j'avais des couvertures en surplus. Ce soir, je serai au chaud!

Le lendemain, je n'étais pas au bout de mes peines. Aux douanes, le pont Ambassador était, lui aussi, gelé. On a tous déjà vu les pancartes qui disent de faire attention, car le pont gèle avant la route. Phénomène qui est dû au fait que le pont est complètement hors du sol, alors que la route repose sur le sol, qui peut être plus chaud que l'air ambiant.

En montant sur le pont, mes roues ont commencé à virer de d'sour, dans le beurre... À patiner, quoi! Instant de stress. J'ai barré mon différentiel, tout en dégonflant par bout mes ballons sur l'essieu mort, tout en y allant plus mollo sur la pédale. Ouf, ça a tenu le coup, et je me suis rendu en haut. J'appréhendais la descente. C'était plus juste comme traction, alors assez délicat, surtout avec les deux courbes pour sortir du pont.

Sur le côté montant, vers le Canada, une plateforme multi-essieux (7 ou 8) était bloqué à la moitié de la distance. Incapable d'avoir de la traction suffisamment pour se tirer lui-même jusqu'en haut. C'est bien la première fois que je vois ça!

Passe les douanes, et allons vers le sud. Arrive un Xième bouchon de circulation. Et celui-là, c'est le père de tous les bouchons. Alors je mets énormément de temps à arriver à la cause: encore une fois, un multi-essieux et un b-train sont pris dans la côte du pont qui surplombe le rail. Pas une grosse côte pourtant, mais quand même. Trop pour ces camions avec tout ce poids. Leur problème vient du fait que, malgré le poids total, la majorité est concentré sur les roues de la remorque. Donc, il est très facile pour eux de faire patiner les roues du camions, en comparaison avec nous, les deux essieux, sur lequel le poids avant et arrière est souvent égal, souvent même un peu plus sur le devant.

J'ai pu arrêté pour souper au Pétro de North Baltimore, OH, qui était débordant de camions. Une affiche indiquait que d'ici au Michigan, donc, d'où j'arrivais, il y avait un état de tempête de neige de niveau 3. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire, mais j'imagine que c'est assez catastrophique.

Je me suis arrêté ensuite au TA de Wapakoneta, OH. Aucune place de disponible. J'ai donc continué jusqu'au 99 à Anna, OH. J'y ai trouvé quelques places, mais celle que j'ai eu était penchante du mauvais côté. Rien de pire que de dormir la tête en bas.

Au matin, il faisait -11, plus acceptable... D'autant plus que j'avais trouvé les couvertures!

En terminant, il faut se rappeler que la voie de droite est pour la circulation lente. Et que si il y a trois voies, la gauche est la plupart du temps interdite aux camions. Anormal que je passe mon temps à droite juste parce que ça roule plus qu'à gauche ou au centre, selon le cas...

Aussi, mettez les meilleurs pneus d'hiver possible sur votre auto. Oui, ça existe! Et ce n'est pas si dispendieux. Vous couperez sur les pneus d'été. Très important ne serait-ce que pour la confiance que ça donne aux conducteurs. Et attention, les pneus ne sont quand même pas tout!

Un dernier conseil: allez avec votre voiture pratiquer sur un stationnement vide la conduite sur neige ou glace. C'est sans danger. Et la connaissance sur le comportement de votre voiture que ça vous donnera est incroyable.

Juste de savoir à quel instant précis vous perdez le contrôle est un atout incroyable pour pouvoir utiliser la voiture aux limites du possible. Car on la sent toujours lorsque ça devient risqué, juste avant qu'elle ne dérape. Un peu de pratique en conditions contrôlées est donc votre meilleur atout pour l'hiver, afin de me pas être le "maudit qui n'avance pas dans l'chemin"...

Bonne route!

P.S.: Si vous avez des questions ou des suggestions de sujets sur le domaine du camionnage, laissez un commentaire et je vous répondrai dans un message subséquent. Que vous soyez un autre usager de la route, un futur chauffeur, un européen qui désire mieux connaitre comment ça se passe en Amérique...