29 mai 2006

C'est l'fun, tu vas partout...

Un jour, quelqu'un m'a dit: "c'est l'fun ton travail, tu vois tout plein de choses partout".

Voici donc ce que j'ai fait depuis hier...

Après avoir roulé ce qu'il me restait à rouler, je suis arrivé à Denver vers midi. J'avais pris soin de déterminer vers quel relais de camion je poserais mes roues. Tiens, c'est la rue Quebec (je leur pardonne d'avoir omis l'accent!). Les québécois, du temps où nous étions encore les canadiens-français, ont vraiment laissé des traces partout en amérique. Je serais curieux de savoir à quel moment et pour quels raisons ce boulevard à reçu ce nom.

Le premier relais me donne le ti-coupon qui m'indique que si j'y reste, ça va me couter 12$ pour la nuit. En fait, c'est mon patron qui paye, mais quand même. Je me stationne, j'essaie de trouver une connection Internet à squatter, peine perdu. Je cherche avec mon atlas si un concessionnaire Harley ne serait pas dans les parages... non plus, ils sont un peu en retrait dans les banlieus!

Je vais donc à l'intérieur pour constater que "y'a rien qu'un TA pour ressembler à un autre TA!". Comme en prenant la sortie j'ai vu qu'un centre commercial était en construction de l'autre côté de la sortie, je me dis: belle place à aller! Après environ une heure, je quitte donc ce stationnement pour faire une ronde dans les environs. En sortant à l'intérieur de deux heures, le stationnement reste gratuit.

Je reprends donc la rue Quebec vers le sud. Une panoplie d'hotel la borde des deux côtés. Il faut mentionner que je ne suis pas si loin de l'aéroport, dixit la carte. Un regroupement commerciaux, sous le nom de Square Quebec, est sur la gauche. Tout est très récent, parfois pas tout à fait terminer. Plus j'avance, plus le nombre de voie diminue. Arrivé à une seule voie, je me dis que devant moi, ça ne peut qu'être résidentiel.

Je décide donc, au pif-o-mètre, de tourner à gauche, à la première intersection qui porte le nom de boulevard. Je roule un bout, puis une autre gauche sur une rue qui semble débouchée sur quelque chose. Wow, sur la droite, il y a un genre de parc, mais en fait ça ressemble à une plage sans eau. Oui oui, il y a filet de volleyball, troittoir, table à piquenique. Plein de gens prennent une marche dans le sable, en profitent pour jaser... il ne manque que l'eau!

Après une autre gauche lorsque devant moi il n'y a plus de possibilité d'avancement, je rejoins donc la rue Quebec afin de retourner d'où je viens. Je me rends donc au premier centre d'achat, celui qui n'est vraiment pas terminer. En fait, seul le cinéma et les trois grandes surfaces sont complétés. Comme j'ai toute ma cambuse à stationner, je dois chercher un endroit approprié. Avez-vous déjà remarqué que les nouveaux stationnements sont très étroits, avec le plus de terre-pleins possible? N'importe quel camionneur vous le dira! C'est très difficile parfois de se rendre là où nous allons livrer, alors que dire de se stationner pour aller magasiner?

Évidemment, l'endroit le plus facile serait près des quais de déchargement. Dans ce cas-ci, c'est tout juste si il y a de la places pour un camion par porte... et si tout le monde arrive en même temps, comme c'est si souvent le cas? Encore au pif-o-mètre, je sonde les entrées pour automobiles, puis je trouve enfin (c'était l'avant-dernière entrée!) celle où je sent que "ça va aller". Reste à me poser quelque part. Impossible d'utiliser une dizaine d'espace pour auto en sens contraire, les terre-pleins me bloquent l'accès. À certains endroit, je vois des traces de bouts, ainsi qu'un méchant trou, qui indique que quelqu'un a eu moins de scrupule que moi et est reparti avec le gazon! Maudit camionneur!!!

Alors que j'allais me décourager et changer d'idée, je tourne sur ma gauche et voilà, deux belles rangées de stationnements automobiles qui bordent la voie principale. Je me tasse sur un des côtés, et me voici en mode magasinage.

Un téléphone à la maison, et ma Caro me donne sa liste d'achat: - tsé la crème là, bon ben aux États, il y a de quoi dedans que celle ici n'a pas, alors elle est meilleure... j'en veux deux bouteilles! - Ah? ça doit être cancérigène ou quelques choses dans le genre... nous, on n'en utilise plus!!! - Pis du papieur à dépliant, moins chère que celui à photo. - Je vais voir ce que je peux faire.

Le premier magasin où je pose les pieds est Bass Pro Shops www.basspro.com On pourrait qualifier cette chaine de Club Presse de la pêche et chasse (c'est plus difficile à dire que chasse et pêche hein?). Immense. En même temps presque un musée. Des animaux empaillés trônent un peu partout dans le magasin, un bassin d'eau avec des immenses poissons que je n'ai jamais vu (bon, pas difficile, je ne pêche pas!), etc, et ce sans fin. Beaucoup de vêtements, tout ce que vous pouvez imaginer, et même plus, en couleur camouflage, y compris des meubles "normaux", des meubles de camp en bois rond, tout ce qu'il faut pour la pêche, la chasse, le camping, incluant les bateaux, les quads, un restaurant et un café. J'avais presque le goût de r'virer pêcheur et/ou chasseur, mais assurément le goût de sacrer mon camp dans l'bois en camping!

Ensuite, une visite au Circuit City. Imaginer un Future Shop avec moins de bonnes affaires dedans... il ne resterait plus grand chose. C'est ça un Circuit City. http://www.circuitcity.com/ccd/home.do Ah c'est vrai, ils ont acheté nos défunts Radio Chaque! Au moins, à La Source, il y a encore beaucoup de produits. Comme c'est en plein le genre de magasin qui me met l'feu, je cherche rapidement le coin des papiers, et comme je le croyais, c'est à peine si ils en ont, alors encore moins celui spécifique que nous cherchons.

Je vais donc chez Target (qui ont acheté La Baie et Zellers récemment) pour y faire mon Métro. Deux sacs de pommes, un sac de carottes, un bloc de fromage, et deux bouteilles de tite crème pour les piqures de bebittes. Pardon madame? Non, pas trop pesant les sacs, je m'en retourne au camion... qui s'est passablement éloigné. À chaque magasin, immense lui-même, je me suis éloigné de mon profit. J'ai donc toute une marche, pour ne pas dire un marathon, pour rejoindre mon camion. En plus j'ai faim... un regard au coupon de la caisse: 18 h 00 (heure des montagnes). Ça fait 20 h oo, heure de mon estomac, je peux bien avoir faim!

Vite, au Sapp Bros, pour un bon souper. La salade Santa Fe s'est fait attendre, le poulet devait courrir dehors. Mais ça en a valu le coût!

Voilà, c'est un genre de conception de "voir plein de choses"... Encore faut-il pouvoir stationner le mastodonte qui me sert de maison!

Et demain matin, j'effectue mes livraisons et je repars vers d'autres aventures. J'ai bien hâte de voir vers quel côté je vais me diriger.

28 mai 2006

21 avril 2006

Après un arrêt-toilette à Charleston, MO, je savais que mon temps sur l'autoroute s'achèverait dans quelques kilomètres. À la fin de l'I-57, au lieu de prendre l'I-55 sud comme je l'ai fait si souvent, je continuai tout droit sur ce qui devint la US-60 jusqu'à Poplar Bluff, AR. J'avais emprunté cette route lors de mon "entrainement américain" il y a de cela 9 ans maintenant, parce que c'est la route sans-balance pour joindre Charleston, MO et Little Rock, AR. Depuis, la US-60 a été transformé en quasi-autoroute. On peut le voir comme un défaut ou comme une qualité, mais les américains ne posent pas trente-six questions avant d'élargir une route. "Tassez-vous de là, on va passé la nouvelle route ici!" Arrivée à Poplar Bluff, il y a une voie de contournement. J'y ai pris la US-67 sud en direction de l'Arkansas. Cette route est presqu'entièrement à quatre voie elle aussi.

Tout de suite après être entré en Arkansas, j'arrive à Corning. Je prends la US-62 vers l'ouest. Pour un temps, les deux routes sont unies en une seule. Le nord-est de l'Arkansas est montagneux et parsemé de forêts. Très beau. Quelques villages typiques parsème la route. Arrive Pocahontas, où les deux routes se séparent et la US-62 continue vers l'ouest. À Imboden, le plaisir commence. À vrai dire, être en moto le plaisir commencerait. En camion, ce n'est pas de tout repos. Il me faut demeurer extrêmement attentif. La route devient très montagneuse, très "en courbes" aussi. Sinueuse à souhait! Un pur bonheur de motocycliste! Il va falloir que je revienne à deux roues dans ce coin!

Arrivé à Ash Flat, je vois facilement mon premier client, une célèbre grande surface. Je me faufile jusqu'à la réception. Le préposé était à vérifier sa commande de croustilles. Il me redirige vers "la cage" à l'extérieur pour y descendre mes canoës. Je me refaufile donc à travers le stationnement pour mieux revenir du côté opposé du magasin. Voyant deux hommes qui semblent m'attendre (ou se demander: "tchèque le cass a'ec son truck, où s'qui s'en va, veux-tu m'dire? c'est selon), je m'arrête (de toute façon, je ne peux plus avancer!) et je vais les voir pour savoir là où ils me veulent. "Juste là, comme ceci, par là... ah pis reste donc où tu es!" finissent-ils par me dire. Par chance, parce que je n'avais pas vraiment fait attention, ni plus le client d'ailleurs, leurs canoës sont en arrière. Vite dit, vite fait, je suis prêt à reprendre la route.
Je vérifie la distance à parcourir de même que les chemins à emprunter pour me rendre à Branson, MO. 220 kilomètres, via la US-62 ouest, la AR-5 nord, qui deviendra la MO-5, la US-160 ouest et la MO-76 ouest, qui m'amènera à Branson. En ville, je prendrai le boulevard Tanger sur ma droite, et voilà! Un appel au bureau me confirme que le client est ouvert jusqu'à vingt-et-une heure ce soir. Ça me laisse tout mon temps. Par chance, parce que question montagnes et courbes, j'ai été servi. Deux fois plutôt qu'une. À la recherche d'un endroit pour casser la croûte, je me suis arrêter à Mountain Home, tout juste avant de bifurquer sur la AR-5. Devant moi, la police, les pompiers et les remorqueuses étaient à ramasser ce qui restait d'un accident.

Après un bon repas (merci chérie), je reprend la route. Je vois bien avec le temps que j'ai pris pour faire ce premier bout de chemin, que mon estimation de départ (3 heures pour 220 km) devra être revue à la hausse. La route 5, tant en Arkansas qu'au Missouri, est très étroite. Par chance, je n'en ai pas pour longtemps. Tellement qu'aussitôt entré dans le Missouri, après quelques détours et un seul village, la US-160 apparait. Je la prends vers l'ouest. Celle-ci n'est pas très large. Je constate que les routes US à deux chiffres sont pour la plupart des quasi-autoroutes, mais celles à trois chiffres sont plutôt des routes de secondes zones. Là encore, je suis servi en fait de montagnes et de courbes. Définitivement, un endroit à revisiter en moto. J'en ai d'ailleurs croisé quelques-unes. Trop peu pour la qualité du secteur.

À Forsyth, je prends la MO-76, toujours vers l'ouest. Depuis mon dernier repas, je n'ai pratiquement vu que de la forêt, des montagnes, quelques fermes du côté Missouri... la grande nature, quoi! D'une beauté...

Arrive enfin Branson. Sur l'I-44, nous voyons des dizaines de publicités pour les spectacles de Branson. J'étais bien curieux de voir ce que la ville aurait l'air. Arrivant de l'est, j'entre par la ville de Hollister. Il y a un pont à traverser pour atteindre Branson, dans la vieille partie de la ville. D'en haut, le lac Taneycomo est un très beau plan d'eau. Beaucoup de bateau semble en profiter l'été venu. Les différentes marinas sont pleines. Sur le bord de l'eau, il y a un camping (était-ce un stationnement?) qui est rempli à craquer de Wanabago. Cette ville a choisi le tourisme comme industrie à n'en point douter! Je monte la côte devant moi presqu'avec difficulté. Mon tout petit mais pesant chargement de plomb donne du fil à retordre à mon cher Mercedes! Lentement mais surement, le camion monte la côte avec aplomb.

La nouvelle partie de la ville est situé du côté ouest de la US-65, qui traverse la ville du nord au sud. Cette partie est très montagneuse. Sur les 3 kilomètres qui séparent la US-65 du boulevard Tanger, j'ai pu voir tout l'attirail du quartier touristique: les hotels, les salles de spectacles, les restaurants, les kiosques touristiques, les magasins en tout genres, les postes d'essence, etc. Ça m'a fait penser, bien que je n'y ai jamais mis le pied ni la roue, à Las Vegas, où chaque casino a son spectacle à long terme (nos québécois sont en dessous de plusieurs d'entre eux!). À Branson, chaque hotel a son spectacle permanent. Par contre, on ne vous extorque pas avant ou après!!! Ces jours-ci, c'était le début du spectacle de Pam Tillis. Le prix était même réduit à un niveau ridicule sur présentation d'une preuve de résidence dans les environs en guise de remerciement pour les résidants permanents.

En tout, j'aurai mis trois heures et quarante-cinq minutes pour atteindre mon client. Le centre commercial où il est situé n'est vraiment pas sympathique aux camions pleines grandeurs (truck friendly). Je me suis accroché à peu près partout, à chaque fois où je devais tourner! Toujours un peu trop serrer. Bravo à l'ingénieur qui a conçu ce stationnement sur un centre commercial à fort débit sans penser que ces commerces auront besoin d'être ravitaillé de temps à autre! Je trouve la boutique de mon client, évidemment la dernière au fond dans le coin. Je m'amène à l'arrière, côté camion, et je sonne à la porte. Une éternité plus tard, l'homme qui me répond me dit qu'il est seul dans le magasin et qu'il préférerait que j'amène mon camion en avant, comme ça il pourrait garder un oeil sur la porte tout en ramassant ses kayaks. Je refait donc le tour du stationnement, en m'accrochant partout, pour arriver "du bon bord". Je dépile ses huits kayaks que j'emmène à l'arrière de la remorque afin que lui puisse les ramasser. Le tout se fait dans une quinzaine de minutes. Signer ici, la copie est à moi, les autres sont pour vous, merci, bonne soirée. J'en profite pour jeter un oeil dans sa boutique, puisqu'on en a pas chez nous des comme-ça!

Je dois ensuite ressortir de la ville pour me rendre à mon dernier arrêt, Fort Smith, AR. C'est un client régulier, mais c'est la première fois que j'y vais. Par contre, il est situé sur la même rue que notre autre client régulier, chez qui j'ai souvent ramassé un chargement de retour. De Branson, je rejoins donc la US-65 que je prends sud. C'est une quasi-autoroute, et le bout qui ne l'est pas est en grand travail de contruction. D'ici la fin de l'année, ou de la prochaine tout au plus, ce sera complété! Là encore, la route est très tortueuse, un vrai délice pour deux roues. Au village de Bear Creek Springs, je prends la US-412 vers l'ouest jusqu'à Alpena, où elle se sépare de la US-62 pour poursuivre plus au sud de cette dernière. Cette route est assez étroite, et toujours bien garnie en montagnes et en courbes. Arrivé à Huntsville, je fais une courte pause toilette avant d'entreprendre la AR-23. Dans ces contrées, mieux vaut prévenir que guérir car le stationnement est très rare pour les camions.

La route AR-23 est la route la plus courbaturées que je n'avais jamais vu, ex-eaquo avec la PA-125 dans le bout d'Harrisburg, PA. Bien que la vitesse soit de 90 km/h, il n'y a aucune des courbes qui ne se prennent à cette vitesse. Toutes les courbes sont indiquées pour 40, 50, 60 ou 70 km/h. J'ai même eu droit à quelques unes à 15 et 25 km/h. Le genre de courbe où je peux lire le numéro de la plaque sur ma remorque! J'étais comme au paradis, mais avec 16 roues en trop! J'ai gravi des montagnes dans une section de route en Z à vitesse très lente, pour mieux redescendre de la même façon sur l'autre versant. Plusieurs fois de suite en plus. Ça ne finissait plus. En haut, en bas, en haut, en bas, et ça tourne. La nuit était tombé à ce moment-là, et je crois que c'est mieux ainsi. Je n'aurais pas nécessairement aimé voir les environs. De Huntsville à Ozark, en Arkansas, 80 kilomètres de pure délice, frisant la folie.

Ensuite, de retour sur les autoroutes pour me rendre à Fort Smith, AR pour y livrer mon chargement de plomb.

11 avril 2006

Dimanche soir dernier, j'ai pu me brancher à Internet sur la route pour la première fois. Moment de joie dans mon coeur. Un ordinateur dans le camion, c'est bien, mais sans Internet, c'est un peu triste! Au moins, je peux vérifier mon itinéraire afin d'optimiser mes journées. C'était d'ailleurs le but visé; le reste étant un beau bonus.

Lundi matin, je me suis donc rendu chez mon client, un entrepôt de 99 cents-o-rama. Ben oui, comme tout le monde vend ses cochonneries à un dollar, il en fallait bien un pour trouver moins cher tout en étant pareil... J'étais avant l'heure du rendez-vous, mais pas trop, la veillée précédente s'étant terminer un peu tard (chérie me l'avait bien dit!!!), et en plus, la ou les guidounes (je n'ai vu que la première) ayant cogné à peu près à toutes les heures! Finalement, je n'étais pas bien tombé pour mon camping cette fois-ci. Par contre, c'était le seul endroit qui avait de la place et qui n'était pas "avant" Houston.

On m'avait déjà avisé que mon retour serait à ramasser à Laredo, TX. Ça me faisait un beau rond (mauvaise traduction de "round trip"!) qui à la fin me donnerait une belle paye... mais qui me demanderais en retour un bel effort. Une fois ma remorque vidée de son contenu (44 palettes de compote de pommes en ti-pots), je téléphone au bureau. Tout s'est si bien déroulé qu'il est tout juste 11 heures du matin (heure centrale), l'heure de mon rendez-vous. Techniquement, je suis donc en avance sur mon temps. Dans ma tête, je me dis qu'avec la distance à parcourir, je chargerai à Laredo que mardi matin.

Lori m'attendait à l'autre bout du fil avec une surprise. Ma destination était plutôt Edinburg, TX, pour y ramasser un chargement de melon d'eau. Ça me ramène à l'an passé, à peu près à la même époque...

College Station, TX, melon d'eau, pas prêt, pas ramassé, on voit passé les camions amenant la cueillette de tous les environs, mais "c'est pas notre catégorie"! Mon climatiseur en arrachait, et par chance que mon ami Panthère (qui vole maintenant sous d'autres cieux) attendait avec moi. Lui au moins son climatiseur fonctionnait! Il faisait quelque part entre 35 et 40 degrés Celcius; en haut de 25, je n'ai plus vraiment de notion. Une simple visite à la salle de bain, situé à environ 500 ou 600 pieds du stationnement des camions était épuisante. Quand tu dis chaud... J'y ai passé 34 heures à attendre mes melons! Dont 14 heures avec Panthère... au moins, ça nous faisait mutuellement quelqu'un à qui parler.

Dans la deuxième soirée, vers 21 heures, nous avons vu, et surtout entendu, approcher l'orage. Éclairs et tonnerre se sont mis de la partie. On en a mangé une maudite!!! Tout un squall, aurait dit ma mère. Pendant que ça tombait encore, on se disait Panthère et moi: si tombe la pluie, arrive la boue; si arrive la boue, arrête la récolte (parce que l'autobus va caler dans ladite boue!); si s'arrête la récolte, toé pis moé vont être ici pour encore longtemps. Bon, ce n'était pas exactement ces termes-là, mais le message est le même. Tout à coup, une camionnette se rend à mon camion, puis à celui dans lequel nous sommes. Il est rendu 23 heures, il pleut encore averse. Mon tour est venu, nos plus petits melons sont enfin arrivés! Tous les camions qui restent sont québécois ou canadiens. Tous les américains sont déjà partis. Il faut croire que nous attendions tous les même melons. Assurément la sorte "en spécial".

Revenons à cette année... Curieusement, mon climatiseur en arrache! C'est un signe du printemps. Et des melons... Pourtant, les deux premiers jours de ce voyage, il a fonctionné comme un neuf. Je l'avais fait réparer, car l'air était à peine frais à la sortie. Moi qui ai chaud à rien, le climatiseur est le deuxième élément de mon camion le plus important. Le premier? La radio. Tout le reste à ben beau être défectueux, je serai capable de vivre avec. Parfois les agents du ministère des transports ne seraient pas d'accord avec moi, mais bon, comme ça n'arrive que très rarement que nous ayons un bris...

Je dois donc aller rejoindre la US-59 qui se prend au sud-ouest de Houston. Comme je suis sur l'I-10, coin TX-99, je constate que celle-ci y va directement. En plus, c'est un beau boulevard quasi-autoroute. Je m'engage donc vers le sud. Wow! De chaque côté du boulevard se dressent des châteaux majestueux. Pour le peu que j'y connais, je dirais qu'ils valent bien 500 000$ pièce! Ouf. Chaque intersection constitue l'entrée d'un domaine, lui-même constitué d'une bonne vingtaine (ou peut-être trentaine!) de ces mansardes (il parait que c'est ça le vrai nom de ce type de maison!). Il y en a que les ouragans n'ont vraisemblablement pas trop dérangé!
J'embarque donc sur la US-59 direction sud dès qu'elle se présente à moi. À l'intersection, l'endroit s'appelle Sugar Land. Pourtant, ce sont bien des silos de riz que l'ont aperçoit sur le bord de la route un peu plus loin. Un peu plus loin, El Campo: ça commence à sentir le mexicain (façon maladroite de dire qu'on voit l'influence hispanique!). Puis arrive Victoria. Décidément, il y a des noms de villes qui sont présents dans chaque états et provinces. C'est à Victoria que je prends la US-77 vers le sud. Je la suis jusqu'à ce qu'elle joigne l'I-37, qui va vers Corpus Christi. Je suis déjà allé au bout de l'I-37 pour livrer deux boites. Tellement au bout que j'ai failli tombé à l'eau! Ici s'achève le territoire connu pour moi, au moment où, demeurant sur la US-77, celle-ci quitte l'autoroute pour reprendre la direction franc-sud.

Pendant un court instant, soit jusqu'à Kingsville, il y a traces d'activité humaine: maisons, commerces, industries... Puis, plus grand chose n'indique que des gens y vivent... en fait, pendant une heure et quart, la seule vie que je verrai sera les autres véhicules qui viennent et vont. Et tant qu'il y a de la circulation, c'est signe qu'il y a quelque chose plus loin. Arrivé à Combes, c'est l'heure de la pause souper. Heureux hasard, à l'intersection de la TX-107, que je dois prendre vers l'ouest, il y a un petit relais de camionneurs. Je m'y installe donc pour casser la croûte. C'est quand même bien d'avoir un relais car, dans ces contrées, trouver un endroit pour stationner un camion n'est pas toujours de tout repos! Chanceux dans mon chaud malheur, je peux me stationner à l'ombre d'un autre camion. Parce que c'est bien beau une belle vue panoramique, mais face au soleil, sur la route ou même arrêté, ce dernier en profite pour nous chauffer les neuronnes!

J'ai hésité deux secondes à savoir si je restais là pour la nuit ou encore si je poursuivais ma route, mais mon intuition m'a dit à la fin qu'un dépôt de fruit, ça travaille pour ainsi dire jour et nuit pour sortir les palettes au plus vite. Je reprends donc la route. La TX-107 est une charmante petite route de campagne (pour ne pas dire un chemin de fermiers) qui traverse quelques charmants petits villages éparpillées sur les 45 kilomètres sur laquelle je l'ai emprunté. Le Mexique étant à quelques kilomètres au sud, on sent l'influence des mexicains dans les environs. Tous les commerces ont un nom à consonnance hispanique. Tous les candidats aux divers postes à combler (les élections s'en viennent!) sur les affiches étaient hispaniques. Bref, c'est bien vrai que ce territoire appartenait au Mexique il y lontemps. On a beau leur avoir entré de force un drapeau dans la tête... tiens, ça me rappelle vaguement une histoire de par chez nous. N'a t'on pas déjà dit que l'histoire se répète?

J'arrive donc chez mon client. On m'indique l'endroit où installer ma remorque en me disant que mon tour viendra... Les camions de fermiers amènent les melons à une vitesse folle. Ceux-ci sont triés (les melons, pas les fermiers!) par grosseurs, par variété et par la présence ou non de noyaux. Ensuite, ils sont déposés dans des grosses boites de carton. Si vous faites votre épicerie, ils sont maintenant mis sur le plancher directement dans ces mêmes boites! Pendant que je pitonne sur la télévision à la recherche de quoi que ce soit de pas pire, je tombe sur Lethal Weapon, en version espagnole. Quel chance nous avons au Québec d'avoir maitrisé l'art de la post-synchronisation! Au moins chez nous, on dirait presque que le français est la langue d'origine du film, dans la majorité des cas. Dans ce cas-ci, on dirait une info-pub! Vraiment pathétique! Au moins, je peux me rabattre sur mon nouveau jeu-télé favori: Deal or No Deal. Par contre, comme c'est trop souvent le cas à la télévision américaine, ce jeu est tellement populaire que c'est maintenant diffusé plusieurs fois par semaine. Trop, c'est comme pas assez!
À l'intérieur de deux heures, mon chargement est complété. Je suis content, très content même! Quand il s'agit de nourriture, et encore plus si il s'agit de fruits ou de légumes, la plupart du temps, les temps de chargement et d'attente sont multipliés... Pas de ce cas-ci. Et le bureau m'apprendra à mon retour que les autres chauffeurs à y être allé ont été servi rapidement eux aussi. Bravo!

Après une nuit passé dans le relais de l'autre côté de la rue, je reprends donc la route pour Montréal. 3680 kilomètres sont devant moi. Quatre jours de route, tranquillement pas vite (la seule vitesse que je connais!).

5 avril 2006

Aujourd'hui, j'ai visionné le film Familia, avec Macha Grenon et Sylvie Moreau. Wow, quel bon film! L'histoire tourne autour des relations entre mères et filles. L'une mène une belle vie bien rangée, l'autre est une joueuse compulsive qui ment autant qu'elle respire. On voit les deux femmes évoluer par rapport à leurs filles d'un côté (les filles étant dans leur adolescence, à l'âge des essaies et erreurs) et par rapport à leurs mères de l'autre. On voit en paralèlle les jeunes filles demander une permission, aller dans une soirée "de découvertes", etc, et comment les deux mamans agissent envers elles. Une est très permissive (pour ne pas dire qu'elle s'en fout un peu) et l'autre est d'une fermeté... On comprend que les deux mamans ont un peu le même comportement que leurs propres mères ont eu envers elles quelques années auparavant.
Les six femmes qui jouent dans ce film sont excellentes chacunes dans leurs rôles respectifs. Tous les autres personnages tout autant. Vraiment bien fait, très fort en émotions.

J'ai aussi vu récemment Horloge biologique. C'est vrai que je porte bien dans mon coeur Ricardo Trogi et ses comédiens. J'avais adoré Québec-Montréal, avec les mêmes comédiens, et à la télévision Les invincibles. Horloge biologique est tellement près de la réalité... on dirait presque un documentaire! Non pas que ce soit plate, loin de là, mais on croirait parfois reconnaitre une connaissance, un ami, voir soi-même! C'est tout simplement craquant de voir les diverses réactions qu'ont les gars envers le désir ou non d'avoir un enfant. Ainsi que le comportement des filles. Tellement vrai tout ça.

En décembre, je suis allé au cinéma! Événement... ça arrive trop peu souvent! Le film choisi était Maurice Richard. Quel histoire! Quel film! Roy Dupuis et Julie LeBreton y sont excellents. Dupuis, comme Maurice, ne parle pas pour rien dire. Tous deux sont d'une intensité remarquable. Tellement bien joué que la famille Richard y ont vu leur père plutôt qu'un comédien! Évidemment, l'histoire est connu de tous. Mario dirait: "ben oui, y meurent tous dans l'avion!" Sauf que de se la faire lancer en pleine face dans une telle beauté et avec une telle passion de la part des comédiens est un pur moment de délice.

On peut y voir tout le chemin parcouru depuis cette époque. Dans ce temps-là, un jouer de hockey devait avoir une "vrai job" parce que ce n'était pas payant; les pauvres pouvaient aller voir le match, mais ils étaient confinés "dans l'clos"; et bien sur, ceux qui dirigeaient était des anglais, et se plaisaient à démontrer leur supériorité sur les "pôv' ti-frenchie". Dans bien des domaines, ça n'a que trop peu changer (référence: Sorry, I don't speak french, un livre qui raconte que peu de politiciens fédéraux et de hauts fonctionnaires n'en ont que faire d'apprendre le français...). Maurice Richard a été élevé au rang de héros national, et ce film est à la grandeur de l'homme, immense. Celui qui le visionne pourra voir qu'on est aussi bon que les autres, nous les québécois. Nous sommes capable d'engendrer les meilleurs dans leur domaine. Né pour un petit pain? Non merci.

Et pourtant... Pourtant, le film qui a raflé tous les prix Jutra (et aussi les Génie du Canada) est C.R.A.Z.Y. Ça doit être juste moi, comme d'habitude. Quand j'ai vu ce film, on l'avait déjà encensé. J'ai aimé cet histoire, mais sans plus. Je ne crois pas que ce soit le chef-d'oeuvre annoncé. Belle histoire, bon comédien, bien filmé et tout mais, pour moi il y a un manque, une étincelle qui lierait le tout. Par contre, j'ai adoré voir cette époque au cinéma. C'était un peu ma jeunesse que je voyais au grand écran: les partys des fêtes où on rencontrait les cousins et les cousines, les oncles et les tantes, les grand-parents, etc. Les gros chars, la musique, le bungalow... que de souvenirs! Et après avoir vu tant de film situé au début du vingtième siècle, comme Séraphin, aussi très bon, c'est rafraichissant de voir un autre pan de notre histoire.

Voilà ce qui fait que je préfère de beaucoup le cinéma québécois (même nos navets car nous en avons): c'est mon histoire qui est sur l'écran, celle de mes parents, de mes ami-e-s, des mes héros de jeunesse, de mes voisins, de mon monde! J'en ai plus qu'assez des films de propagandes américains où le seul but est de tuer les "maudits russes" (dans le temps de la guerre froide) ou les "maudits arabes" (plus récemment). Ou encore où les américains prennent une bande d'épais de tout acabit pour former une équipe miracle et ainsi sauver la terre entière des méchants extra-terrestres ou du météorite qui s'en vient droit sur nous... Non pas que je pense que le cinéma américain ne vaut rien. Les exemples que je donne ici ont quand même donné de bons films dans leur genre. Il y a bien eu aussi les Titanic, Thélma et Louise, Philadelphie, etc qui valent amplement le déplacement. Ainsi que plusieurs autres sans doute. Évidemment, le Titanic a coulé pendant 45 minutes. L'émeute du forum? On l'entend relaté à la radio! Différence de budget, différence de public, différence de revenu. Par contre, même intensité, même sentiments ressentis.

En tout cas, au moins, ça fait du bien d'en parler!

Tiens, une connection!

Je suis sur la route, précisément à Ogallala, dans le Nébraska. J'ai roulé toute la journée le soleil dans la face. Bon, c'est sur que ce matin, le soleil était derrière le camion, mais dès qu'il est passé au sud, je peux dire qu'il s'est mis à chauffer ma cabine à plein régime. Le climatiseur a graduellement gagné en vitesse, pour finir la journée "au fond Léon" après souper. Au moins, je me console en me disant que celui de la couchette était à la plus petite vitesse.

Ma destination finale est Denver, Colorado, ainsi que Carbondale, Colorado. J'ai déjà mis le pied dans Denver dans mon autre vie. Nous étions huit camions à y avoir livré de la brique à feu dans une usine de bouteille de boissons gazeuses. Ce voyage-là avait été interminable... parce que "dans c'temps-là, y'a rien qu'on faisait pas". J'étais donc sur l'impression que "Denver? c'est tellement loin!" jusqu'à ce que mon répartiteur me fasse réaliser que c'est la même distance (de Montréal) que Dallas, soit trois jours de route. Ah ben!

J'ai dû aller chercher ma remorque, déjà chargée, chez le client à Granby. En revenant, je suis arrêté pour diner à l'Ange-Gardien. Il y a là un Relais Routier qui en fait n'en est pas un... à bien y penser, c'était une simple station service pour automobile! Toujours est-il que le restaurant qui est tout juste à côté est fort sympathique. À mon arrivée, il est facile de constater que le chantier est bien en branle. Le poste d'essence a été démoli, et un gros bâtiment a été érigé un peu en retrait. J'apprendrai, en dégustant un boeuf braisé-avec la soupe-avec la tarte au pomme (pas cher en plus, sourire inclus!) qu'ils sont en train de faire un méga-dépanneur (c'est à la mode!) et que le restaurant va y être relocalisé. En ressortant, je vois la grosse affiche du futur dépanneur que j'avais manqué en entrant. Ah ben!

Revenons à la route... Pour les non-camionneurs: pour se rendre à Denver (des fois que vous voudriez partir sur une go pour voir jouer les Avalanches...), on se tape la 401 en Ontario, le pont Ambassadeur entre Windsor et Détroit, le sympathique douanier, la sympathique madame Péage du pont, on enfile l'I-94 vers l'ouest jusqu'à Chicago, qui se joint à l'I-80 juste avant, pour s'en s'éparer presqu'aussitôt. L'I-94 monte dans Chicago, et l'I-80 file vers l'ouest. Dans le Nébraska, on doit bifurquer sur l'I-76 qui nous mène directement à Denver.

Le surnom de l'I-80 est Main Street USA, car elle relie New York à la San Francisco, en Californie, via Chicago. Ou, en s'aidant de l'I-76, de l'I-70 et de l'I-15, à Los Angeles. On y voit énormément de camion tirant une remorque réfrigérée. De chez nous, on y voit surtout des amis de Léger, des DFS, des Trans-West, et même un California L.I.N.E.! Patientez, les légumes s'en viennent. Ou les fruits, c'est selon!

En allant à Salt Lake City, Utah, au commencement de cette vie-ci, j'avais été bien étonné de voir que la route, l'I-80, commence à prendre de l'altitude dès la dernière partie du Nébraska, et monte et monte encore pendant tout le Wyoming, pour redescendre pendant une bonne demi-heure avant d'atteindre Salt Lake City. Je n'ai pas dépassé Salt Lake... et je n'ai pas eu une journée à moi là-bas. Mon répartiteur du temps devait être trop bon! Un chargement de retour et hop, à la maison...

Étonné, disais-je, car du côté de Denver (à l'époque, nous avions fait l'I-70 depuis Saint-Louis), le terrain est plutôt plat (à peine une petite montée) tout au long, mais quand nous arrivons à Denver, on voit la montagne devant nous, comme un mur. Élévation de Denver: 5260 pieds; élévation dans les montagnes toutes proches: 14 264 pieds. Distance entre les deux: à peine plus de 30 kilomètres!

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J'ajoute ici les messages que j'avais écrit dans le passé, depuis la dernière fois que j'ai eu une connection sur la route...